L’ESTAMINET

En Pays Provençal….Clocher Sollies Ville

Dimanche !

Je suis dans l’indécision ! Je devrais me retrouver à une « Super Party Couscous » mais les pourvoyeurs du couscous s’étant emmêlés dans les dates, la « graine » est absente ! Les amies avec lesquelles je devais m’y retrouver ayant déclaré forfait, je risquais de me retrouver en « terra incognita » et j’ai moi aussi jeté l’éponge.
Donc, Dimanche, libre …et prisonnier de cette liberté ! Je pourrais, bien sûr, rester tranquillement at home, oui mais voilà …ce couscous a généré en moi un petit vent de liberté et sa disparition me laisse tout bête ! Bon ! secouons-nous ! après tout, le monde est vaste et les restaurants nombreux ! Internet va me renseigner ! Eh ! Oui ! Bien que du siècle dernier, je sacrifie aussi présentement aux sirènes du Web ! Quelques clics m’amènent sur un joli petit village, haut perché dans les collines, qui fût souvent un lieu d’escapades avec les gosses, passionnés par la découverte et la cueillette du thym ou du romarin, bien cachés parmi les cistes et les bruyères. J’y repère deux restaurants, sur un site web parfaitement organisé, qui me semblent tout à fait aptes à remplacer le défunt couscous ! Le plan du site m’indique leur position, mais comme sa cartographie a dû bien évoluer depuis tant d’années et que marcher sur une longue distance m’est quasiment impossible, je profite que le site propose un contact par mail (j’ai horreur du mot « courriel ») pour me renseigner sur le stationnement aux abords.
Tout ceci m’a pris un bon moment et mon mail partant à 11 heures, j’ai bien quelques doutes sur la possibilité d’une réponse, ces braves gens ayant certainement d’autres chats à fouetter au moment du « coup de feu » ! Je me donne jusqu’à midi, sinon, le web toujours, m’ayant indiqué dans le même coin, mais au bord d’une petite départementale, une autre auberge dont j’ai entendu parler ….
Midi, rien ! Donc direction l’Auberge en replis de secours ! Mon histoire pourrait s’arrêter là, sans que je vous conte par le menu le déroulement standard d’un repas au restaurant mais le petit dieu de l’Ecriture, n’ayant pas eu son content de lignes, veillait à ce que mon histoire ne s’arrête pas en si bonne voie ! L’Auberge était bien ouverte, ainsi que l’attestaient nombre de voitures garées sous les pins, j’y ajoutais la mienne et, tout heureux, je pénétrais dans la salle où l’armée que véhiculaient toutes ces voitures était en train de s’installer autour d’une très longue table ! L’Hôtesse ne fit que me confirmer ce que je venais de comprendre : le restaurant était réservé à des agapes de groupe !
Assis dans mon fidèle carrosse, ancienne voiture pour sûr et même classée avec ses 30 ans d’âge, mais toujours vaillante, une fois qu’elle a démarré, je me pose donc la question : « Allais-je l’emmener dans les hauteurs, un tantinet inconnues, dans un lieu mal défini ? » Elle répond en démarrant au quart de tour. Quelques kilomètres plus loin j’attaque une montée assez pentue pour arriver sur les premiers contreforts de mon vieux village. J’avais remarqué que l’un des deux restaurants se situait sur une rue s’ouvrant au premier croisement avant la grimpette finale. Au lieu dit j’enfile donc cette rue, bien dégagée au début, mais qui se transforme soudain en un corridor, une véritable tranchée entre les maisons où ma corpulente bécane ne trouve pas un La Tranchéecentimètre de trop. Les Anciens, en construisant leurs villages, suivaient consciencieusement les courbes de niveau, ce qui me donne une tranchée serpentant avec une pente légère. Trop absorbé à maintenir mon engin à une équidistance parfaite des deux bords, je ne me suis pas encore posé la question du croisement ! J’ai bien remarqué que les voitures en stationnement sont garées sur des renfoncements successifs, le nez pointé dans les deux directions, ce qui indique que la rue est à double sens. Si ils y sont entrés c’est qu’on peut en sortir… alea jacta est ! Au bout de quelques minutes qui me paraissent une éternité, j’arrive dans un cul-de-sac, qui n’en est pas un, mais, pour moi, y ressemble terriblement. J’avoue avoir eu, là, un court instant de découragement !
Imaginez une fourche à trois dents, je suis sur le manche, devant moi, à gauche, un chemin qui paraît encore plus étroit, mais peu importe il est indiqué « Sens interdit »… n’en parlons plus ! La dent du milieu part en tournant vers la droite …quand à l’angle de sa pente, je n’ose même pas l’évaluer ! Ce doit être le chemin du Ciel car il semble disparaître vers l’Eglise dont le clocher pointe plus loin au milieu des toits ! La troisième pointe de la fourche est encore plus stressante car elle plonge, à droite, dans un tournant vertigineux vers quel abîme …ce doit être la route de l’Enfer ! Maudissant ma curiosité et bien décidé Le Retourà sortir de ce piège, j’arrive à force de petites marches et contremarches prudentes à tourner ma voiture de 180 degrés ! Merci au constructeur qui lui a donné un angle de braquage aussi grand ! Et je repars aussi sec vers le début du boyau, priant le ciel de ne pas faire de rencontre, ce qui ne manque pas de se produire naturellement ! Un sort plus clément situe notre tête à tête devant un de ces renfoncements que j’ai repérés et le croisement s’effectue comme à la parade, l’autre conducteur – une conductrice d’ailleurs – ne manifestant aucun étonnement à me rencontrer ! Encore quelques dizaines de mètres et, dans un grand, un immense soupir de soulagement, je me retrouve au croisement fatal, sur la belle, grande et très large route qui mène au sommet du patelin !
Plus question d’aller plus loin en voiture, le restaurant se situant d’ailleurs au coin de la placette. Mon Ange Gardien a dû avoir pitié de moi car il m’a réservé dans les deux parkings qui affichent complet, la seule place libre destinée aux porteurs de la carte GIC… c’est bien, je suis encarté à ce club !
Je descends, doucement, sur la placette, toute occupée de tables et chaises en fer et totalement déserte. Il reste quelques feuilles mortes qui trainent encore par ici, on sent que l’heure des guinguettes n’a pas encore sonné. Devant moi une véranda couverte abritant deux ou trois tables, un petit comptoir de bistrot dans un coin, annonce sur son frontispice « Ici Casse-croute », je peine à trouver son nom, du moins celui du site web, au dessus d’une porte assez étroite, assez basse dont les carreaux ne semblent pas laisser passer une lumière aveuglante.
Bar côté porteBon, je suis là, j’ai eu mon compte de peine et de peur pour y arriver…entrons !
La porte s’ouvre sur une accorte jeune fille qui semble descendue des contrées nordiques, longiligne comme devaient l’être les filles d’Elseneur, coiffée d’une longue chevelure d’un blond suédois plutôt que vénitien, sanglée dans cette combinaison que les filles d’aujourd’hui plébiscitent et qui ne doit pas laisser passer un atome d’air entre peau et tissus. « Avez-vous réservé ? » « Ben ! Non ! » « Pas de problème, je vous aide à monter ! » Ma cane me classe tout de suite ! La salle de restaurant est au premier. Puis, réflexion faite, comme je suis seul, elle (la viking) me propose de rester en bas et me précède jusqu’à une petite table, près de la cheminée, garnie d’un splendide bouquet de fleurs, avec, contre le mur, des casiers de bouteilles de vin pour poser mes affaires ! J’ai dégotté sans le vouloir, moi qui ne suis pas très féru des salles type « Sofitel 4 Etoiles », l’Auberge de mes rêves !
Enfin assis, veste sur le dossier de la chaise, manches retroussées, je vais pouvoir faire connaissance des aîtres. En fait je pense que c’est la salle d’un vieux bistrot du village, quand il fallait des ânes pour y monter. Bas de plafond, avec des poutres impressionnantes tant par leur grosseur que par leur culottage, un comptoir classique jouxte la porte devant des étagères croulant sous une armée de bouteilles diverses. Trois ou quatre tables vénérables – marbre et ferraille – sont disposées dans le fond et n’attendent plus que des convives dont je vais me rendre compte plus tard qu’ils sont surtout des habitués et amis de la famille. Face au bar, pour l’heure abondamment garni de gosiers assoiffés, une énorme cheminée, allumée, où l’on peut réchauffer les plats qui viennent d’en haut ou faire une grillade de saucisses, avec d’un côté une énorme et vénérable cuisinière à charbon et un évier taillé dans la pierre de l’autre. Avant de s’agrandir et se moderniser, car je suppute que la vraie salle de restaurant est au premier, avec une cuisine sûrement moderne, le Maître queux devait officier devant ces fourneaux au vu de la clientèle !
La cheminéeUne autre fille, tout aussi longiligne, est apparue, les tables voisines se sont garnies et le ballet du service a commencé. Il n’est pas question de carte, deux plats au choix – très copieux – et un tas de petits à-côtés que l’on vous sert sans autre forme de procès ! Pour la boisson, un geste vers le bar où trône une « Madame » qui doit être la patronne et Miss Suède rafle une bouteille de rosé qui se rafraichit dans un seau à glace et vient prestement vous remplir votre verre. Ici on boit « au verre », en haut …mystère ! Les allées-venues entre le bar et le restaurant supérieur n’arrêtent pas : descente des plats, montée des boissons, j’admire le tonus des deux serveuses (un bon entrainement pour la montagne !) Mon dessert arrive, dans une de ces grandes assiettes carrées, nouveau style ! Une concession au modernisme dans la vaisselle et le style de table, que je regrette un peu, mais que voulez-vous, on est au XXIème siècle quand même ! En dégustant ce dessert – toujours un tas de petites choses très bonnes – je me prends à penser que si j’étais Van Gogh ou Utrillo je planterais mon chevalet dans le coin en face du bar pour croquer sur le vif cette population bon enfant, comme si il s’agissait de la Place du Tertre ! J’imagine même un poète provençal y puisant son inspiration !
Restau-Fond salleMais au fond, toutes proportions gardées de temps et de moyens, il ne tient qu’à moi de fixer ces images ! Je demande à la patronne si je peux immortaliser ma venue de quelques photos, ce qu’elle s’empresse d’accepter, et après avoir demandé aussi l’autorisation aux convives du fond de salle, que l’on m’octroie avec force « Té ! Bien sûr ! » je déploie mon chevalet, mon cadre et ma palette, en l’occurrence mon smartphone, et j’immortalise mon Dimanche !
Après un café, minuscule mais serré, et un verre de liqueur provençale offert, je règle mon dû à la patronne, non avec un Louis d’or mais avec ma Carte Bleue ! XXIème siècle oblige ! Un dernier regard sur mon estaminet et je remarque alors la transparence de l’air : aujourd’hui on ne fume plus dedans, on sort ! Mon auberge a gagné en salubrité ce qu’elle a perdu en originalité comme devait l’être le Bistrot de La Mère Catherine, Place du Tertre, quand Toulouse-Lautrec y sirotait son absinthe !
Je regagne lentement mon engin, saluant au passage d’un « tchao » de circonstance mes voisins de table qui partent eux aussi. En passant devant l’embranchement, je ralentis et remarque alors que je n’ai pas pris la bonne rue tout à l’heure : celle de l’autre restaurant est au dessus de ma tranchée…mais en sens interdit ! On doit donc y accéder par la Place. Si j’avais fait un peu plus attention je me serais économisé de belles frayeurs !

Bah !! Je reviendrai !

C.F.

Posté le 29.04.2014

 

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