« Au SECOURS » !

    Ne me laisse pas ……

Tout au bout de la longue langue de sable de la plage des Sablettes, Mar    Vivo se niche à son extrémité dans le creux des rochers qui repartent vers le large, vers la Pointe de Mar-Vivo.
Dans les années 50/60 la furia immobilière n’avait pas encore envahi ce quartier un peu reculé. Au bout d’une longue allée entièrement bordée d’arbres, venant de la route reliant La Seyne aux Sablettes, s’érigeait une petite chapelle, gardienne de cet espace et de sa petite plage située à quelques mètres de là. La route s’y terminait sur un genre de placette, soutenue par un mur à parapet, fermant la plage. Le Dimanche il n’était pas rare d’y voir un pêcheur, accoudé et pensif. Peut-être surveillait-il, le Dimanche, les railles de minots pour qu’ils ne transforment pas en galère barbaresque son « pointu » tiré au sec sur le sable.
La chapelle, seul lieu de culte à l’époque, offrait à nombre de familles la célébration de la messe dominicale. Elle allait être le témoin d’un moment de ma vie que je ne suis pas prêt d’oublier. Nombres d’années se sont effeuillée sur les calendriers de mon existence mais j’ai toujours dans les oreilles ce cri jeté au vent, appel se terminant en une sorte de gargouillis … « Au Secours » !
Tout commence comme un conte familial, ces petits récits de petites histoires mille fois répétées qui font la trame de la vie des familles. Moroses ou gais, simples ou compliqués, parfois dramatiques mais le plus souvent pleins de sérénité, universels et particuliers, ils plongent leurs racines dans le passé des ancêtres et cherchent leur avenir dans le devenir des jeunes générations. Ils sont ainsi les marqueurs d’une vie, partagés par chaque membre de la Famille, monolithes dont chacun possède un fragment.
Nous passions les mois d’été et de vacances dans une petite campagne, genre petit mas, sis au milieu de vignes et de jardins. On y appréciait fort l’ombre d’un chêne centenaire dont les ramures protégeaient la vie familiale, repas ou longues siestes, salon ou salle de travail. Seule une ondée, très souvent bienvenue pour notre campagne assoiffée, pouvait nous en chasser. Promesse d’une ombre rafraîchie que nous retrouvions vite sitôt que les dernières gouttes s’évaporaient déjà. Chêne tutélaire qui, faisant mentir le fabuliste, continuait à résister à tous les assauts de notre Mistral ! C’est dire que nous étions si bien et si heureux dans cette petite thébaïde que nous n’éprouvions que très rarement l’envie d’en sortir. Si ce n’est le Dimanche matin où toute la famille se rendait à Mar Vivo. La Population estivale de cette famille se composait de mes Beaux-Parents, de la Grand-mère maternelle de mon épouse, de notre couple et de nos trois loupiots.
Le Dimanche nous allions donc alors rituellement participer à la célébration de l’Office à Mar Vivo. Nous y retrouvions des voisins, des amis vacanciers comme nous, des commerçants et des agriculteurs du coin, comme une grande famille se retrouvant dans cette ancienne et si agréable chapelle. Le monde ne connaissait pas encore les innombrables moyens de transport qui ont envahi l’espace, aussi bien avec les adultes qu’avec les jeunes. Le nôtre consistait dans l’auto de mon beau-père, une « 11 Traction Avant » !
Pour ceux qui ont connu ce magnifique engin avant-gardiste, une question que je sens venir doit les alerter. Bas de Caisse, ce qui lui interdisait les dos d’âne un peu accentués, elle était surtout bas de Plafond, peut-être pour mieux entrer dans l’air, mais à coup sûr posant des problèmes de tailles et de corpulences pour pouvoir y caser toute notre smala : comment faisions-nous ? Naturellement des essais systématiques avaient été tentés pour résoudre l’équation. Las ! Il en restait toujours un à l’extérieur. En finale la voiture emporterait femmes et enfants fût-il décidé. Pour moi qui était à l’époque assez sportif et fana de vélo, j’utiliserais ma bécane. Cela me laissait un peu plus de liberté pour éventuellement piquer une tête après la messe. Trois à quatre brasses, un ou deux plongeons et retour tranquille vers la campagne, cela faisait des Dimanches à la fois vivants et calmes, agréablement complétés par un « Repas du Dimanche » et de longs farnientes sous l’auguste chêne ! Il nous arrivait aussi, certaines de ces fins d’après-midi, lorsque le soleil se fait moins rude et agressif, d’aller Papa, Maman et Enfants à la plage de Fabrégas. Heureux temps où l’on pouvait suivre un petit sentier qui coupait à travers bois et garrigues sans rencontrer de constructions ni de clôtures, là où même un chat aujourd’hui ne pourrait passer ! Ces sorties étaient souvent programmées à l’avance ce qui supprimait mon incursion sur la langue de sable de Mar Vivo. Tel ne fut pas le cas ce jour-là !
Dimanche, branle-bas de combat, toilette, vêture, petit dèj ! Les enfants, eux, étaient prêts – Ô Miracle – et même déjà devant la voiture. Une rapidité qui nourrissait chaque Dimanche nos rêves impossibles de parents d’obtenir une égale ardeur, une aussi fulgurante rapidité dans les jours de scolarité ! Le temps de caser tout mon monde dans la « machina », la fille aussi hiératique que la Reine de Saba entre ses deux servantes, les garçons à genoux, à cause de la hauteur, cramponnés aux barres des dossiers avant comme deux mushers aux poignées de leurs traineaux, il ne manquait plus que la question du chauffeur : « Parés ? » pour que le « GO » tonitruant des fils lance l’attelage. Ce matin-là la météo s’annonçait assez bonne, si ce n’est un petit mistral, suffisant pour accélérer le retour des flots le long des rochers, vers le large, sur la plage de Mar Vivo. En se tenant assez éloigné de ce courant, la trempette serait agréable. En bon cycliste-nageur j’avais enfilé mon maillot sous le short de vélo. Il me restait à fermer le portail et, lancé vent arrière sur la route en légère pente, je me faisais fort de rattraper la « Onze », mon beau-père en conducteur prudent et chargé d’âmes n’aimant pas jouer les Fangio ! En roue libre et bien poussé par ce « petit vent » je me disais que le retour vent debout serait peut-être moins facile et qu’il serait bon que je limite mes ébats aquatiques au strict minimum !
Comme prévu j’arrivais à la chapelle pratiquement « dans la roue » de la 11, comme disent les cyclistes. Comme j’avais mis le grand braquet, il me fallut une bonne partie de l’office pour retrouver souffle et calme. A la sortie tous les habitués se retrouvaient pour échanger « Bonjours », « Civilités » et « Nouvelles ». J’en profitais pour aller jeter un œil sur la plage. Le mistral avait un peu forci et la petite anse se couvrait de vaguelettes qui annonçaient un renforcement du courant le long des rochers. Rien de bien méchant sauf à faire un peu attention.
Rien ni aucune sortie n’étant au programme de notre après-midi je décidai donc de rester et de faire ma trempette dominicale. La 11 avait récupéré son chargement, quelques bisous, un conseil de mon épouse, qui semblait ne pas trop aimer la mélodie que le mistral commençait à chanter dans les ramures, conseil que j’écoutai d’une oreille distraite. La plage n’étant qu’à quelques mètres, je laissais mon vélo enchaîné à la grille et filais vers la mer, en faisant déjà sauter mon tricot. Sur le terre-plein le pêcheur fumait tranquillement sa pipe dont le vent aspirait les volutes de fumée. Parfaitement immobile il gardait l’œil rivé sur son pointu que deux gosses, garçon et fille, sa sœur plus jeune je pense, avaient pris comme centre d’une farandole endiablée. Le temps de tomber le short et les espadrilles et je plongeais !
Tous les amoureux de la mer savent tout de suite si la baignade sera bonne ou mauvaise, joyeuse ou mélancolique, délassante ou fatigante. Certains appellent cela « sentir la mer ». Pour ma part, un plongeon et quelques brasses me firent tout de suite savoir de quoi il en était. A voir ma distance au sable, cela ne devait rien à mes brasses, le courant sous-marin créé par le vent s’était bien établi et semblait même vouloir se renforcer. La sagesse commandait donc la capitulation. Je regagnais la plage moins facilement que je m’en étais éloigné. Les gosses avaient fini leur cavalcade et s’entrainaient à jeter des galets sur les têtes de rochers affleurants. Le pêcheur toujours immobile, semblait Neptune suçotant son brûle-gueule !
Un peu déçu, j’étais très accro à la baignade en ces temps-là, je revins lentement vers la chapelle, avec des poses de rhabillage si lentes que cela ressemblait à un signe, comme une mise en garde. Pourquoi tant de difficulté à enfiler mon short alors que j’avais l’habitude, pas si bonne, de sauter dedans à pieds joints ? Mes sandales qui semblaient ne plus vouloir de mes pieds ? Pourquoi cette longueur d’éternité entre la plage et la chapelle ? A vrai dire, après, je n’ai jamais vraiment cherché à en comprendre le pourquoi. Arrivé enfin au portail qui surveillait mon vélo, trouvé la clef du câble, j’allais l’ouvrir quand un cri m’a statufié.
Un cri … puis deux mots, distincts et brouillés, comme s’ils jaillissaient des ondes … « Au secours …. » puis plus rien, ou plutôt comme un râle, un poumon qui cherche l’air. J’ai su tout de suite que c’était les enfants que j’avais quittés, jouant à lapider les rochers. J’ai dû battre tous les records de vitesse ! Sur la plage personne, sur la mer encore pas trop agitée, deux têtes, à 20 ou 30 mètres le garçon, un peu plus loin la fille. Leurs têtes ballotaient au gré des lames dans un bouillonnement causé par leurs gestes frénétiques pour tenter de surnager, terribles petits ludions que le fond semblait aspirer à lui. Inexorablement le courant sous-marin les entrainait. Le pêcheur était toujours là, toujours immobile, la pipe au bec. Il me gratifia de quelques mots, genre constatation impersonnelle : « Les gosses vont se noyer ! ». En arrachant presque mon short, je lui criai : « Vous …le bateau …à l’eau …Vite » ! Il me fit un signe négatif sans bouger d’un pouce.
Pas le moment de réfléchir … J’ai foncé vers l’eau et avant de plonger j’ai eu la chance de voir deux grands ados qui arrivaient en courant. Ils avaient dû entendre l’Appel ! Je leur criai : « Vous deux … la fille ! » et je plongeai. La fillette semblait à bout, ses bras ne bougeaient plus beaucoup, c’est tout ce que j’ai pu voir en nageant vers le petit gars qui, lui, se débattait encore vaillamment. Le courant, plus que ma nage m’amena très rapidement à sa hauteur, il m’agrippa et nous faillîmes aller au fond tous les deux. Je n’avais aucune idée bien précise de la technique à employer, si ce n’est que la personne à ramener devait être immobile. Ce ne devait pas être l’idée du petit qui me serrait le cou dans l’étau de ses petits bras, petits mais animés de toute la force de la peur. Tout en me suppliant : « Ne me laisse pas … ne me laisse pas » entre deux submersions. Et ce satané courant continuait à nous entrainer maintenant, tous les deux ! Comment ai-je pu le mettre dans la bonne position et arrêter ses étreintes, et le faire taire, je n’en sais absolument rien. Je pense que tout à trac j’ai dû le gifler ! Il n’a plus bougé mais son regard était vrillé sur moi et continuai à implorer « Ne me laisse pas ».
Et on a entrepris le retour vers la plage. A grands coups de poussées avec les jambes, ramant de mon autre bras, on a commencé à revenir. J’avais l’impression de faire du sur place, le bord du sable semblait être loin, très loin et même il me paraissait s’éloigner. Tendu vers ce but à atteindre, je n’avais plus que deux sensations physiques : le poids du corps de l’enfant et la force que je devais déployer pour vaincre le flot ! J’arrivais pourtant à me rapprocher, centimètre par centimètre, du bord de la plage. Je crois que mon corps, instinctivement avait mobilisé tout ce que je pouvais donner. Pourtant l’esprit travaillait en dehors de ma volonté car je croyais sentir encore l’eau profonde sous mes pieds, ce qui pouvait signifier que je reculais. J’avais bu je ne sais combien de tasses, la gorge en feu, la tête bourdonnante. J’ai mesuré ce jour combien l’esprit commande à la volonté pour se battre, se battre, se battre …
Je ne voyais quasiment plus rien distinctement, battant l’eau rageusement, tétanisé par mon accroche avec l’enfant. Et soudain mon pied a heurté le sable ! Il devait rester deux ou trois mètres et je crois bien avoir hurlé : « Ça y est ! » en me propulsant, avec mon gamin toujours accroché, sur le sable sec !
J’ai dû plonger dans le noir. Un des Jeunes me secouait, je refis surface. Ils avaient pu ramener la fillette. Les deux enfants étaient là, sains et saufs. Le « pêcheur » s’était éclipsé très vite quand les ados reprirent pied avec la fillette, me dirent-ils. Je reprenais lentement le dessus et n’avais plus qu’une idée, rentrer à la maison, laissant le soin aux jeunes de ramener les enfants chez eux. Mon retour à vélo ne fut pas une course triomphale mais une longue bagarre contre la fatigue, la montée et le vent. Mon apparence devait être assez explicite pour stopper les reproches qui m’attendaient. Trop secoué pour parler, juste murmurer « Tout va bien ! » et gagner le lit où je sombrai, là, dans un sommeil sans rêves !

Je n’ai jamais revu ces enfants, bien qu’ayant repris mes baignades dominicales. Je n’ai jamais revu aussi le « Pêcheur » qui alla semble-t-il amarrer son bateau ailleurs, se doutant bien de la manière dont j’aurais eu plaisir à lui « expliquer » ma façon de penser ! Mais j’ai tiré une leçon de ce qui aurait pu être un fait divers dramatique, leçon venant de mon appartenance scoute : « Etre Prêt ! ». Je me suis inscrit au stage de « Nageur-Sauveteur » qui se tenait dans le petit port du Fort Saint Louis.

Le jour de l’examen, quand j’ai dû ramener le mannequin dans les règles de l’art, j’ai eu l’impression de revivre ce moment terrible, cet enfant accroché à mon cou et ses yeux qui ne cessaient de supplier :

« Ne me laisse pas ! »                                                                       C.F.

La NUIT des COUTEAUX

Le SOMMEIL de l’INNOCENCE !

VICHY 1935 ….

La Reine des Villes d’Eaux Françaises ! On peut même dire qu’elle avait pris la tête du thermalisme en Europe, surclassant Karlsbad, Baden-Baden ou Spa. Les Eaux n’étaient d’ailleurs bien souvent, aussi bien pour elle et ses consœurs, qu’un prétexte à un tourisme huppé se cherchant, se retrouvant de palaces en palaces pendant la saison d’été, avant la grande migration vers ceux de la Côte d’Azur pour les mois d’hiver !

La Source « CHOMEL »

Pourtant Vichy n’attirait pas simplement les tenants d’un titre nobiliaire avéré ou les détenteurs d’un portefeuille boursier conséquent. La réputation thérapeutique de ses Eaux, fort bien méritée d’ailleurs, drainait toute une clientèle extrêmement diverse dont le seul but, déclaré, était de remettre en état des viscères malmenés par la vie. On y côtoyait aussi bien des représentants de la bourgeoisie, grande, moyenne ou petite, que des fonctionnaires, petits et grands, des patrons de grandes, moyennes ou petites industries et de nombreux militaires, du soldat à l’officier, appartenant pour la plupart aux troupes coloniales, que l’Armée envoyait aux Eaux pour refaire des foies malmenés par les climats tropicaux ! N’oublions pas d’y mentionner aussi les inévitables rastaqouères et aigrefins en tous genres, véritables sangsues de ces sociétés où l’argent règne souvent en roi !

Allée des SOURCES

Pourtant Vichy était au demeurant une ville très agréable à vivre si l’on savait y découvrir tout ce qui était une partie importante de son charme, une ville cultivée, ouverte aux arts et lettres, avec ses casinos, théâtres et opéras, où tout ce qui se produisait dans le domaine de la Culture y tenait expositions ! Une ville où 15 jours de cure se transformaient en Grandes Vacances.
Un soir, chez un ami dont l’enfance avait connu ce Vichy d’avant les années sombres où elle fut capitale de « L’Etat Français », nous en vînmes à égrener des souvenirs de notre jeunesse et l’un des siens fut assez curieux pour que je puisse lui demander d’être sa plume et de le coucher sur le papier !

Le titre que nous lui avons donné peut suggérer une très sombre histoire. Cœurs sensibles ne vous émouvez point, il n’en est rien … bien que …mais laissez-moi vous en conter le fil !

Le père de mon ami – nous dirons « Clo » pour éviter une répétition lassante du mot « ami » – était militaire de carrière, officier supérieur dans l’Infanterie Coloniale – les « Marsouins » – et venait chaque été, durant son séjour métropolitain, passer deux à trois semaines, avec épouse et enfant, pour une cure de remise en forme où les bains, les massages à la lance et l’ingurgitation de verres d’eau calibrés, « Chomel » en l’occurrence, tenaient une grande partie de la matinée. Madame ne manquait pas de son côté d’aller à la « Grande Grille » s’administrer ses quelques centimètres d’eau chaude et Clo, qui n’avait pas encore de problèmes hépatiques, se concentrait sur une cure à base de sucre d’orge et de « Pastilles Vichy » qui avaient tout de même le bon ton d’être fabriquées à partir de l’eau gazeuse d’un des sources vichyssoises ! Le foie y trouvait son compte, les dents beaucoup moins !
Tout ce petit monde se retrouvait à midi attablé au restaurant de l’hôtel, autour des sempiternelles carottes « à la vichy », les hôteliers de cette belle ville d’eaux appliquant à la lettre les injonctions de la Médecine locale ! Ce qui faisait dire à mon ami – il avait 10 ans à l’époque – qu’il avait l’impression de sentir ses canines se rétrécir et ses deux incisives supérieures grandir à vue d’œil ! Il ne faudrait pourtant pas croire que la totalité des restaurateurs vichyssois était condamnée à nourrir sa clientèle selon les canons de la Faculté. Car le repas du soir était très souvent l’objet d’une découverte d’un des nombreux restaurants dits « gastronomiques » qui foisonnaient dans cette ville soi-disant vouée à la tempérance, pour ne pas dire à la frugalité !
Ainsi vivait Vichy, curiste sérieuse, attentive et obéissante dans la matinée et un tant soit peu rebelle et aventureuse dans la soirée. Dévergondage et aventure étaient certes des bien grands mots pour ces petites escapades. Mais elles avaient l’avantage de nourrir les souvenirs pendant les onze mois suivants. Et surtout, étant repartis pour un nouveau séjour colonial, d’éblouir et de rendre jalouses les jeunes générations de militaires n’ayant pas encore eu la chance de découvrir « Les Eaux » !

Le PARC

Ensuite il y avait les après-midis. Avec ses parents, tous trois bons marcheurs, Clo découvrait la ville, ses parcs, ses allées, ses Sources, rendez-vous des buveurs et buveuses, lieu où se nouaient des amitiés, ou plus, où souvent s’effaçaient les différences sociales, noyées dans la religion de l’Eau. Ici se tenait un grand symposium sur les qualités et les résultats espérés de l’ingurgitation programmée, quantifiée, respectée de la « Source » où l’on s’abreuvait, là les « Dames » minaudaient, chacune faisant valoir les qualités de son verre personnel, sa justesse de gravure des doses, la facilité d’usage et la beauté de son étui. Ailleurs d’autres découvraient les améliorations apportées par la Compagnie Thermale dans l’organisation de la distribution du liquide salvateur, la nouveauté des costumes des « Serveuses » qui était peut-être un peu « moderne » ? Le tout ponctué de « Ma Chère », « Chère Amie », « Très Cher » et autres civilités toutes plus vaines les unes que les autres et condamnées à l’oubli sitôt franchi les grilles de La Source !
Puis le trio s’enfonçait dans la ville, suivant ses belles avenues, ses promenades couvertes, ses places où officiaient des vendeurs à la sauvette, vous proposant tout et rien, du dernier couteau à ouvrir les huitres sans effort jusqu’au bidon calorifugé pour emporter sa ration « Thermale » durant une excursion.
C’est d’ailleurs l’un de ces vendeurs qui fut à l’origine – involontaire – de l’histoire que Clo me raconta et que j’écris pour lui.

« Les CELESTINS »

L’après-midi était donc consacrée à la découverte de la ville, des environs. Des promenades, style « Nous musardons à la découverte… » qui rappelaient, un peu, à Clo ses expéditions dans la brousse malgache où se situait le poste militaire d’Ankorika, avec les plus aventureux de ses copains et quelques petits Sakalaves du village de pêcheurs de Ramen. Père et Mère n’étaient pas avares de conseils et d’explications et ces balades se transformaient ainsi en de véritables leçons de vie, sur les choses et les gens. Les bords de l’Allier étaient particulièrement appréciés car ils terminaient la promenade à la source des « Célestins », située sur le boulevard longeant la rivière. Là Junior pouvait jouer à son tour les curistes, manipulant avec componction son verre personnel, faisant admirer sa parfaite maitrise pour l’extraire de son étui (« Voyez comme il est beau ! »), le présentant d’un air détaché à la serveuse, comme il l’avait vu faire à tant d’adultes, ignorant royalement le petit personnel, vérifiant et rectifiant le niveau. Il dégustait ensuite avec lenteur (toujours comme les curistes !) ce grand verre d’eau pétillante, relativement fraiche, qui pour lui faisait office de récompense et promettait une heureuse soirée.

Les « COUTEAUX »

Pour comprendre ce récit, il faut d’abord signaler un trait de caractère du papa. Brillant officier, il était toujours porté par une curiosité des choses et des gens, de la vie et de tout ce qui en faisait le charme de la découverte. On dirait aujourd’hui qu’il avait un « hobby » particulier en ce qui concernait les marchands ambulants et leur camelote. Leur manière d’aguicher le chaland, de le retenir et d’arriver à la fin à lui fourguer leur marchandise exerçait sur notre Commandant une véritable fascination. Vous pouvez deviner la suite, il n’était pas rare qu’il reparte avec la dite camelote dont en général il n’avait que faire. Ce fut donc au cours de l’une de ces balades qu’un de ces habiles « achalandeurs » réussit à le convaincre de la nécessité impérieuse qu’il y avait à compléter la panoplie des instruments de cuisine de Madame par les trois couteaux en « acier spécial » (bien sûr !) et dont le tranchant aussi efficace que celui d’un rasoir était garanti « à vie » (bien sûr !). Clo me certifia que l’affaire avait été enlevée par une démonstration « ad hoc » de la plus grosse des lames tranchant sans coup férir une feuille de papier tenue en l’air. Comme quoi on peut être, à la fois, un brillant militaire bardé de décorations attestant sa valeur, et un parfait « gogo » !
Le même jour où ces fameux couteaux devinrent propriété, involontaire, de Madame, le couple acheta des places pour le concert qui devait se donner le soir même, à l’Opéra, concert de musique classique (Clo pense se souvenir de Mozart et Brahms ?) dont ils étaient tous deux friands. Il n’était naturellement pas question d’emmener le petit et de toute façon son jeune âge lui interdisait les portes de l’Opéra.
Quand Vichy veut gâter ses habitants, elle sait leur offrir une météo de rêve. Ainsi en avait-il été ce jour-là ! Une température douce sans être chaude, un ciel lumineux, d’un bleu profond, laissant de temps en temps quelques tout petits nuages roses s’effilocher, comme pour meubler la vacuité de l’espace, une soirée présageant une nuit sereine propice aux rêveries nocturnes, ainsi la Ville se préparait à vivre une nuit calme et sans problèmes et, si quelques notes s’échappaient de l’Opéra, ce ne serait que le frémissement d’une douceur offerte.

La « BOÎTE »

Clo avait fait une razzia de ses magazines préférés et avait aussi réussi à soutirer l’achat de quelques bonbons, plus une boîte de « Pastilles de Vichy », acquisition enlevée de haute lutte au passage à la Source des « Célestins » contre la promesse formelle d’être le plus sage de toute la gens enfantine de l’hôtel, jusqu’au retour des parents musicophiles ! C’est peu de dire que le repas du soir, bien sûr carottes-vichy et poireaux-vinaigrette, fut négocié à la vitesse de la lumière, assez nouvelle donnée brillant au Panthéon de la Science et dont la Gentry Vichyssoise, se voulant « moderne », faisait un usage immodéré ! Concert à l’Opéra signifiait Rencontre mondaine et l’enfant put assister à la transformation de ses chers parents de curistes anonymes en gravures de mode : tenue de gala pour le papa militaire, robe de soirée, fourrures et bijoux pour la maman. Un toc-toc à la porte, le groom venant prévenir « Monsieur le Commandant » que la calèche était arrivée, dernier contrôle que le fils avait bien brossé ses dents avant d’enfiler son pyjama, dernières recommandations maternelles appuyées d’un regard définitif paternel, « Tu as tes illustrés ? Tes bonbons …ne mange pas tout ! Ne veille pas tard, ne touche à rien ….. Ah ! ne ferme pas ! Allez, on part, sois sage ! »
Un dernier baiser du bout des doigts gantés de fine soie et la porte se referma sur le couple, déjà rendu dans le temple de la musique, par la pensée !

Et la Nuit s’étirait à regret,                   Seules Clés de la Boite de Pandore

Emplie de tous ses Secrets,                  Théâtre qui ne s’ouvre qu’à l’Aurore !

L’OPERA

Une cloche venait de lancer le dernier coup de minuit, quelque part dans la ville, quand l’Opéra ouvrit ses portes pour rendre à la rue la foule de ses « fidèles », l’âme et l’esprit encore tout embrumés de « L’Exsultate, Jubilate » de Mozart. Monsieur et Madame rentraient à leur hôtel, continuant à savourer ces heures exquises d’un concert splendide, bercés par le léger roulis de la calèche, dans une nuit au silence complice, uniquement troublé par le claquement régulier des sabots de la jument qui trottait allègrement.
Ils arrivèrent à l’hôtel en même temps qu’un autre couple, venant d’une autre soirée. Chuchotements pour ne pas déranger le calme nocturne, escalier monté presqu’en catimini, premier étage où les deux couples gitaient, dans un souffle de conspirateurs « Bonne nuit ! A demain ! ». Madame attrapa la poignée de porte, doucement, « Il ne faut pas réveiller le petit ! », la tourna toujours aussi doucement, appuyant légèrement pour l’ouverture et … la porte refusa de s’ouvrir ! Nouvel essai, nouvel échec ! Assez contrariée elle toqua sur le panneau, assez doucement pour ne pas alerter tout l’étage, « Je lui avait pourtant dit de ne pas fermer. On aurait dû emporter les clés ! » Le Commandant, avec le sang-froid d’un vieux briscard, découvrant que la tranchée ennemie est défendue : « Pas de panique, il va se réveiller, patience ! » On toqua un peu plus fort, pas trop quand même ! Statu quo, porte toujours close, et bien plus alarmant aucun bruit perceptible dans la chambre.

La PORTE !

Nous avons tous plus ou moins connu ce genre de passage à vide qui résulte d’un échec inattendu et même inconcevable. Les parents de Clo en étaient à ce point où l’on a encore aucune idée bien précise de ce qu’il faut faire ni aucune idée des implications que suggère cet échec. Mais l’instinct maternel n’est pas un sentiment qui tergiverse longtemps. Madame Mère se mit à tambouriner plus fort sur le panneau récalcitrant, comme jouant la « Générale » sur un tambour de guerre. Et c’était bien de guerre qu’il s’agissait, c’était bien d’assaut à donner contre la porte de cette chambre forteresse que l’on commençait à soupçonner de cacher un secret redoutable. Prenant la direction des opérations, tel un chef de guerre préparant ses troupes au combat, Mon Commandant commença par quérir le portier, détenteur du « passe » des chambres de l’hôtel. Le temps de monter à l’étage et, dans un certain calme retrouvé, l’homme inséra sa clef sans difficulté dans la serrure qui fit entendre quelques clics … et la porte refusa encore de s’ouvrir !
On peut encaisser un échec sans faiblir, mais un second, alors qu’il n’y a vraiment aucune raison pour qu’il se produise et le moral s’effondre. La facilité d’entrée de la clef dans la serrure prouvait qu’il n’y avait pas de clef à l’intérieur. La déduction, très simple mais consternante, était que le bambin avait poussé le loquet de la dite porte. Mais pourquoi donc aurait-il fait cela ? Il était de notoriété un garçon assez coquin et il n’en était pas à son coup d’essai dans la réalisation de blagues de ce calibre. Du moins était-ce à ce moment-là ce que l’on pouvait imaginer.
Tout ce chambard avait fatalement réveillé une partie de l’hôtel et les occupants commençaient à se retrouver devant la Porte Close ! Le môme ayant la réputation d’avoir le sommeil profond, l’État-major décida d’intensifier les frappes, non seulement sur la porte close mais sur les cloisons de la chambre.
Le réveil et l’afflux des autres occupants des chambres mitoyennes facilitaient cette action. Aussitôt les troupes se mirent à tambouriner sur les murs, alternant coups et silences, pendant un bon moment. Résultat : néant, la porte restait toujours fermée !

Il vient un moment où l’angoisse prend le dessus, ce moment était arrivé. Une question cruciale se posait : comment un gamin, aussi « sommeilleux » soit-il, pouvait-il ne pas être réveillé par tout ce tambourinage ? La Maman, écroulée en pleurs sur une marche d’escalier, tremblante et terrifiée à l’idée qui se faisait jour en elle, demanda, pria, adjura pour que l’on enfonce la porte : elle venait de se souvenir de l’achat effectué dans l’après-midi à un camelot, des trois couteaux, « réputés avoir un tranchant de rasoir ». Clo, lui, étant réputé pour fourrer son nez partout, l’horrible vision de son corps baignant dans le sang avec le Grand Couteau encore dans sa main, venait de s’imposer à l’esprit de la pauvre mère !
D’enfoncement il n’en fut point besoin heureusement. Le Commandant avait alerté Police Secours et les agents, précédés d’un Commissaire et d’un serrurier assermenté, venaient d’arriver sur les lieux du « Drame » ! Par chance les loquets intérieurs avaient été prévus pour que l’on puisse les faire fonctionner de l’extérieur, après avoir percé les trous aux endroits adéquats. Porteur de l’espoir angoissé des parents et des personnes présentes, L’Homme de l’Art se mit au travail, avec rapidité et précision, dans un silence total comparé aux hourvaris précédents, silence seulement troublé par le sifflement de la perceuse et les chuintements de la mèche attaquant le bois dur, comme si la porte sinistre tentait une dernière défense. Lorsqu’il arrêta le travail et introduisit un outil spécial dans le passage du trou, le silence se fit encore plus lourd. Trois clics qui résonnèrent comme des coups de cymbales et l’Homme se redressa. Sur le palier l’immobilité anxieuse des présents n’avait rien à envier aux statues de sel de la Femme de Loth.

L’Homme poussa la porte, lentement, sur une chambre toute éclairée et fit trois pas en avant.
Sur le grand lit, mitoyen de la porte, l’Enfant était allongé, un illustré en travers de la poitrine, endormi.
Sur une table, plus loin, l’étui des trois Couteaux reposait sagement.

L’Homme se pencha vers l’Enfant qui se réveilla brusquement, les yeux tout envahis de sommeil et voyant ce visage inconnu, murmura :

« C’est qui … Toi ? »

Le CASINO
Le CASINO

C.F.

 

L’ENFANT et l’ECOLE

Témoignage d’un « JEUNE-ANCIEN » !

                                    « l’Enfant et l’Ecole »

 

C’est un jour de Septembre qu’Il découvrit sa nouvelle Ecole.
Il s’y trouva complètement déboussolé, égaré, ayant perdu sa confiance en lui-même. Il ne comprenait plus le sens de la vie. Cette nouvelle école, il ne pouvait pas l’aimer. Il s’y sentait loin de chez lui, loin de sa famille, perdu. Il ressentait ces lieux comme une prison, un endroit où il n’avait pas sa place !
Puis les jours et les mois passèrent et le temps s’égrena. Peu à peu l’Enfant prenait ses marques. C’est alors qu’un jour d’Avril l’Enfant perdit sa Grand-mère, sa « Mémé » ! Sa peine et son chagrin furent grands devant cette perte et c’est une Surveillante qui l’aida, le soutint dans cette dure épreuve.
Comme à une bouée Il s’attacha alors à deux professeurs, sa Prof’ d’Histoire et Géo et sa Prof’ d’Espagnol. C’est ainsi qu’à elles deux, elles lui furent toujours présentes dans les moments qui lui semblaient être les pires des difficultés qu’Il pouvait rencontrer au fil des jours.
Et une deuxième année débuta. Et l’Enfant fit une découverte. En lui s’éveillait un nouveau sentiment, il commençait à comprendre le sens profond de cette Ecole. Ce n’était pas seulement un lieu d’apprentissage de toutes ces matières qui constituent l’instruction, mais c’était aussi le creuset où chacun pouvait y découvrir sa propre personnalité, qui il était vraiment, qu’elles étaient ses forces et ses faiblesses, qu’elle pouvait être sa place dans la vie.
Alors l’Enfant reprit goût à la vie, il retrouva la joie, le sourire, sa nouvelle gaieté le faisait rire à tout bout de champ, il s’épanouissait.
La troisième année de présence fut marquée par une rencontre : celle d’une fille, car l’école était mixte, qui devint sa meilleure amie. Il avait découvert ainsi quelqu’un avec qui il pouvait tout partager, à qui Il pouvait tout dire, qui était comme une confidente. Ainsi tout changea pour lui dans cette perspective et il se mit à adorer cette école et même à penser qu’il ne pourrait plus s’en passer.
Puis vint la quatrième année ! C’était sa dernière année de présence. Il ressentait qu’elle serait à la fois la plus dure et aussi la meilleure. La plus dure car Il allait la quitter, la meilleure parce qu’Il y revenait, même pour la dernière fois.
Ainsi passa cette dernière année. Lorsqu’Il franchit le portail vers l’extérieur, définitivement pensait-il, Il sentit qu’il n’était plus un enfant, celui qui croyait qu’on l’avait mis en prison, mais déjà un homme, prêt à la vie.

En se retournant Il put se dire : « Je ne vois plus ici une Ecole ! J’ai ici maintenant une Maison ! C’est comme ma deuxième Famille ! » Il la quitta et prit la route, le cœur lourd et brûlant de ce départ mais adouci par une pluie de souvenirs ! Souvenirs de tous ces instants vécus ici et qu’Il découvrait maintenant comme des instants de bonheur.

Sur le chemin, les yeux fixés sur ses pensées, Il se fit une promesse : tous ces grands moments, tous ces merveilleux souvenirs, tout ce qu’Il avait vécu dans cette Ecole, Il allait, Il pouvait, Il se devait de les partager avec tout ce Monde dans lequel Il entrait !

Grégoire                             

La Lettre d’ALONA

Une « Jeune Ancienne » nous parle !

« LA LETTRE  à  LA NAVARRE »

La première fois que j’ai visité la Navarre, j’ai vu une prison. J’ai même dit je n’irai jamais.
Je suis entrée au collège de la Navarre en 5°. À la rentrée j’ai juré que je ferais tout pour partir de là-bas……… et j’ai rencontré des personnes que je peux dire « géniales ».
Je ne les cites pas toutes mais elles se reconnaîtront.
Parmi mes amis il y a la personne que je considère comme mon frère, Grégoire. Il y avait celles que je considérais comme mes meilleures amies, Marion et Fiona.
Mon année de 4° à été géniale et j’ai encore rencontré des personnes aussi géniales les unes que les autres.
Puis vient mon année de 3° qui fut la plus émouvante, même si elles l’ont toutes été. Je vous parle de celle-ci car c’est là que j’ai dû faire des choix pour pouvoir choisir une filière. Je n’y serais pas arrivé sans mes professeurs, mes éducateurs et mes amis ou, si je puis dire, ma famille.
À la fin de l’année je suis allée voir Madame Bovis et Monsieur Doyen pour les remercier de m’avoir acceptée dans cette Maison car ce n’est pas juste un Etablissement, pour les internes c’est une Maison puisque nous vivons plus à la Navarre que dans notre maison. Et j’en remercie tout le personnel qui s’occupe du collège.
J’ai mit énormément de temps à tourner la page avec ce lieu. Mais comme dirait Madame Guglielmi :
« J’ai tourné la page mais je n’ai pas fermé le livre ! »
Je voulais remercier Madame Ribes, alias Ghislaine, pour m’avoir soutenue dans les moments difficiles, pour m’avoir écoutée jusqu’à 22 heures les soirs à l’internat. Monsieur Urbani, alias Pierre, pour m’avoir supportée pendant 4 ans, et m’avoir toujours dit quand ça n’allait pas.
Je voulais remercier aussi mes professeurs pour m’avoir permis d’évoluer, tout particulièrement Madame Granger, Madame Guglielmi et Monsieur Georges pour avoir cru en moi, car ils ont tous « cru » en moi !
Je n’oublierais jamais ce lieu. Car il y a des oreilles à notre écoute quand on en a besoin et c’est grâce à cet établissement que j’ai évoluée. Même si je n’ai pas toujours été facile ils n’ont jamais baissé les bras et pour cela Merci.
Actuellement je suis en seconde, au lycée du Sacré Cœur à Digne-les-Bains, et je m’y sens bien !

Alona

 

Le Tablier de Grand Mère

Une « Histoire » d’Antan !

Je crois que les jeunes d’aujourd’hui ignorent ce qu’est un tablier…
Vous souvenez-vous du tablier de votre grand-mère ?
Les mères et grand-mères portaient un tablier par-dessus leurs vêtements pour les protéger car elles avaient peu de robes de rechange.
En fait, il était beaucoup plus facile de laver un tablier habituellement en coton qu’une robe, une blouse ou une jupe, faites d’autres tissus.
L’usage principal du tablier de grand-mère était donc de protéger la robe, mais en plus de cela :
– Il servait de gant pour retirer un plat brûlant du fourneau, bien avant l’invention des « mitaines à fourneau ».
– Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses sales.
– Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les œufs, les poussins à réanimer, et parfois les œufs à moitié éclos, que maman déposait dans un fourneau tiède afin de faciliter leur éclosion.
– Quand il y avait de la visite, le tablier servait d’abri aux enfants timides, d’où l’expression : «Se cacher dans les jupons de sa mère».
– Par temps frais, maman le relevait pour s’y emmitoufler les bras et les épaules, par temps chaud, alors qu’elle cuisinait devant le poêle à bois, elle y épongeait la sueur de son front.
– Ce bon vieux tablier faisait aussi office de soufflet, alors qu’elle l’agitait au-dessus du feu de bois pour le ranimer.
– C’est lui qui servait à transbahuter pommes de terre et bois sec jusque dans la cuisine
– Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes ; après que les petits pois aient été récoltés, venait le tour des choux.
– En fin de saison, il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l’arbre.
– Quand des visiteurs arrivaient à l’improviste, c’était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.
– A l’heure du repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, c’était signe que le dîner était prêt, et les hommes aux champs savaient qu’ils devaient passer à table.
– Grand-mère l’utilisait aussi pour sortir la tarte aux pommes du four et la poser sur le rebord de la fenêtre, afin qu’elle refroidisse ; de nos jours sa petite-fille l’y pose aussi, mais pour la décongeler… Autres temps, autres mœurs !

Il faudra de bien longues années, avant que quelqu’un invente un vêtement, qui puisse rivaliser avec ce bon vieux tablier utile à tant de choses.

Danger ?
On deviendrait bien fou aujourd’hui
rien que de songer à la quantité de microbes
qui pouvaient s’accumuler sur le tablier
en une seule journée !!
En réalité,
la seule chose que les enfants de l’époque
aient attrapée au contact du tablier
de maman ou de grand-maman,
c’est de l’amour !!

Un DIMANCHE ordinaire !

          La Force de l’Habitude

Septembre ! La colonne en face du canapé ne ronronne plus en dispersant un air qui se voulait plus frais, l’œil accepte mieux une lumière plus tendre et mon esprit que la canicule n’engourdit plus se prête mieux à vagabonder.
Dimanche ! La table est nette, la machine a recueilli son lot de vaisselle usagée, dans la maison tout semble s’assoupir et je sens bien que je ne vais pas résister longtemps à la douce somnolence qui m’assaille.

nuage de rêve
Nuage de rêve

Lorsque je m’éveille je suis sur un petit nuage qui survole curieusement toute une alignée de dimanches qui se tiennent, immobiles comme à la parade.   Mais, cette ombre qui flotte dans les lettres, oui, bien sûr, c’est moi ! Là… j’avais…sept ans ! Dans la brousse, à « MadameGaspard » comme j’appelais la Grande Île ! Et là… ce sont bien des arènes landaises, non loin de la maison… je vais sur mes 10 ans ! Les dimanches défilent… tiens ! Un pousse-pousse, j’ai un casque, je reviens du lycée… j’ai 13 ans je crois bien… Hanoï ! Ça défile… Shanghai ! Un paquebot, on rentre avec la guerre qui pointe, Perpignan… un régiment qui part pour le front… je suis dans ma quinzième année, mon enfance vient de finir avec le bruit sourd des canons !

J’ouvre les yeux… la colonne muette est toujours là, les bruits sont feutrés dans la maison endormie… j’ai rêvé ? Mais alors pourquoi tous ces dimanches ? Quelle signification ? Quel lien les relie avec ce dimanche d’aujourd’hui ?  Ils m’ont semblé tous différents …et pourtant… pourtant oui, c’est vrai, tous semblables !
Je revois les images, j’essaye de les analyser, de les juxtaposer. Qu’ont-elles donc de commun ces images, dans des lieux, des décors tous différents, avec des espaces de temps si grands entre mes sept ans et huit décennies plus tard?  Il me faudra fermer les yeux, faire abstraction de tout ce qui m’entoure, devenir sourd aux bruits du moment, me replonger comme dans un maelstrom qui m’emporte dans ce qui fut la pérennité de toutes ces journées, pour que se fasse la lumière, pour que s’inscrive dans mon esprit « l’Eureka » de cette recherche !

La réponse… ? C’est …DIMANCHE !

Maintenant que je sais ce qu’il faut chercher, tout devient clair ! Ma famille, bien que catholique, ne rattachait pas spécifiquement le dimanche au « Jour du Seigneur« . Bien sûr, le passage a l’église, pour la grand-messe, en était le point de départ. Cette participation religieuse était d’ailleurs préparée soigneusement par la mise en situation, si je puis dire, de toute la famille dans ses plus beaux atours, dits « costumes du dimanche » ! Ayant ainsi rendu à Dieu ce qui lui semblait devoir être indispensable de lui rendre, la famille entamait la deuxième partie de sa prestation dominicale : le parcours social !

Un Parvis
Un Parvis

Jusqu’a notre époque de « médiatisation » a outrance, les nouvelles intéressantes (j’entends par là ce que nous nommons à ce jour les « people stories») ne pouvaient se transmettre que de bouche-à-oreille ! Le parvis des églises et des cathédrales y a toujours été le lieu de prédilection à la transmission et à la propagation de ce genre d’information, toutes classes sociales confondues :  » C’est comme je vous le dis, ma chère…. Non !!!!! Pas possible chère amie ….Mais vous, très chère, vous le tenez bien de …. » et ainsi allaient les choses, faisant et défaisant l’histoire d’une communauté !
Ce rituel étant terminé avec zèle, on s’acheminait, et l’on se retrouvait dans les pâtisseries pour le non moins rituel « gâteau du dimanche » ! Ah ! Ces gâteaux ! Pendant des années je n’ai pas pu passer devant une pâtisserie, affichant gâteaux à la crème ou pièces montées sans un haut le cœur.
Ce « parcours social » étant accompli avec rigueur et ponctualité, la famille rentrait à la maison. Et l’on débutait alors la partie familiale du Dimanche !
Sans doute les préparatifs en avaient été exécutés bien avant, la veille même. Le temps était venu d’en dérouler les fastes, bien orchestrés et surtout dominicalement immuables ! Comme une course a étapes ! L’ouverture

L'Apéritif
L’Apéritif

consistait dans « l’Apéritif« . Oh ! sans nulle débauche extravagante de liqueurs ou autres alcools. Monsieur se laissait tenter par quelque boisson « anisée » que Madame servait avec l’onction requise, elle-même trempant ses lèvres dans un soupçon de porto ou de xérès. Le rejeton avait le droit ce jour là de participer au Rite en sirotant, suivant son âge, quelque grenadine ou, devenu plus grand, un verre d’orgeat relevé d’un trait de citron, ce qui, la couleur aidant, laissait l’adolescent rêvant au verre de Papa ! Suivant les familles ces dégustations étaient parfois accompagnées du grignotage de quelques amuse-gueules !
Après cette « mise en bouche« , comme le proclament les restaurants bien étoilés, venait le sommet de la journée, le Repas du Dimanche !
Et tout d’abord attardons nous à contempler la Table du Dimanche ! Le beau

Une belle table
Une belle table

service, Limoges ou autres, a quitté le vaisselier pour se ranger, j’allais dire « en ordre de bataille« , sur la plus belle nappe, celle du dimanche, accompagnée de ses serviettes, chaque assiette entourée des couverts et de la verrerie adéquate (celle de fête bien sûr) et, s’il y a lieu, le vin rougissant dans son carafon de cristal !
Le décor étant planté, Monsieur, Madame et Bébé ayant occupé leurs places respectives, le Menu – du Dimanche – pouvait faire son apparition ! Comme on peut le penser, c’était un menu spécifique, offrant à la famille la joie de déguster une cuisine aux petits oignons, avec une recherche dans le choix et l’ordonnancement des divers services, tout en restant dans la limite des possibilités du ménage. Il faut aussi noter que, ce jour là, le Maître des lieux était le grand officiant de cette liturgie dominicalo-gastronomique. Las ! Las !

Le Plat !
Le Plat !

Qui a dit : « L’ennui naquit un jour de l’uniformité » ! Ce grand penseur devait certainement avoir à son palmarès pas mal de « Menu du Dimanche » ! On pourrait penser que ces agapes familiales étaient un vrai régal… mais 52 fois le même « régal » dans l’année ! Car 52 fois revenait avec le même décorum, le rôti de bœuf aux petits pois et haricots verts, ou le poulet de grain aux pommes rissolées, ou le saumon farci et sa garniture de tomates provençales (plus ou moins), suivant ce qu’avaient été les goûts culinaires de Madame la première fois, ou la tradition importée de sa propre famille !
Je n’insisterai pas sur la fin de la journée, presque toujours aussi rituelle, qui pouvait mener la famille au Jardin Public, autre lieu privilégié pour la transmission ou la réception de tous les potins agitant ce petit univers !

Mon regard est toujours perdu dans le monde invisible de mes souvenirs, mais peu à peu je reprends contact avec la réalité. La colonne est toujours immobile et silencieuse, la table aussi nette que tout a l’heure, la maison endormie. Et je comprends soudain pourquoi mon subconscient m’a emmené sur les ailes d’un rêve, à travers tous ces dimanches qui ont marqué ma vie.

La Patisserie
La Patisserie

Comme chaque dimanche, depuis tant d’années, je prépare le repas pendant que mon épouse, alitée, participe à la messe télévisée. Je prépare son plateau, je dresse mon couvert personnel dans le séjour, et… je viens de m’en rendre compte soudain, …je restitue depuis tout ce temps le même rite qui a marqué mon enfance, puis ma vie d’homme !  Inconsciemment je crois, je prépare un petit « apéro » pour nous deux (la « mise en bouche » !), je cuisine presque toujours le même plat, je pare une assiette avec les gâteaux de soirée que je suis allé chercher le matin même, le-vinj’ouvre une bouteille de vin (car le reste de la semaine nous sommes à l’eau) et (voila la preuve de la pérennité de tous ces dimanches) j’utilise couverts, verrerie et vaisselle de fête !

Je découvre maintenant, ancré en moi, aussi indispensable qu’un organe essentiel, ce besoin de « marquer » le dimanche. Bien sûr, pour moi qui suis pratiquant, c’est le Jour de Dieu, le rendez-vous hebdomadaire avec le Seigneur ! Mais c’est aussi un arrêt nécessaire, un temps de roue libre comme le coureur qui ayant grimpé la pente, arcbouté sur son guidon, se relève en passant le col, se redresse, filant dans la descente qui le ramènera au pied du col suivant ! Ce temps de retrouvailles avec soi-même, avec son « intime« , tous les êtres humains, je crois, en ressentent le besoin. Le dimanche répond à cette aspiration, d’où l’envie de marquer ce jour par des signes, extérieurs certainement, mais qui concrétisent l’aspiration intime de faire une pause, de se remettre face à soi-même, d’un ressourcement dans la rupture avec le poids de la vie quotidienne.

Le monde moderne a, hélas, déjà bien minimisé cette tradition, dans sa fureur de vivre, plus vite, toujours plus vite, aveugle et sourd à tout ce qui est l’essence même de l’homme !
Mais moi, ce dimanche de Septembre j’ai à nouveau rempli le Rite !

Dans la quiétude du living tout juste troublé par le bourdonnement intermittent d’une mouche égarée, la colonne est toujours là, silencieuse, la table est toujours lisse et clean, et j’ai le sentiment confus que je vais replonger dans une douce somnolence. J’ai encore vécu un dimanche….

….Un DIMANCHE ordinaire !

C.F.               Septembre 2011

Le SOIR du DEBARQUEMENT

ou   « La Grande Bataille des Plumards »

 

6 Juin 1944 …. 19H00 !

Utah Beach
Utah Beach

Les plages sont conquises et sécurisées … des « landing crafts » dégorgent un flot ininterrompu d’hommes et de matériels qui prennent sans arrêt la direction des terres. Dans le bruit des moteurs qui s’emballent pour grimper vers les champs, le cliquettement des chenilles des blindés qui mordent le gravier, un mégaphone hurle les ordres d’un « beach landing officer » qui accélère le mouvement, tel un « bobby » s’évertuant à canaliser le flot des véhicules à « Piccadilly Circus » !
Un peu éparpillés, sur l’herbe, au milieu des trous d’obus, les rescapés de la première vague, étonnés d’être encore vivants, tentent de recoller au moment présent, vident leurs bidons de flotte et même quelques bouteilles de cidre que de courageux premiers libérés normands leur apportent en les embrassant !
Et ils pensent : « Peut-être sera-t-il bon, plus tard, de revenir, nous ou nos femmes, dans cette France qui sait si bien nous accueillir ! » – Prémonition ?

sablier

Dans le sablier du temps 30 Années ont filé !

La Station s’apaise dans les dernières lueurs de l’astre qui glissent sur les pistes fermées. Unes à unes les fenêtres, les vitrines, les galeries se piquettent de lumières. Dans le grand salon de l’Hôtel où nous venons si souvent en renfort, c’est l’heure calme du ressourcement dans les lumières tamisées, propice aux échanges voilés, aux déplacements feutrés, où même le barman tempère les glouglous des apéritifs qu’il prépare.
le-soir-arriveNoyés dans la douceur de vastes fauteuils, je contemple avec mon épouse les derniers rayons qui s’accrochent aux cimes des sapins en petits éclairs, comme si l’astre voulait allumer des bougies pour se perpétrer encore un peu dans la nuit qui le chasse.
Pourtant, sous ce calme apparent, une activité se déploie pour préparer l’arrivée, prévue le lendemain dans la matinée, d’un car de touristes U.S. – et pas n’importe lesquels … des « Bostoniens » ! 30 « Ladies » et une dizaine de « Sirs » !
En aparté, je préciserai à l’attention de lecteurs peu au fait des subtilités de l’Histoire des Etats Unis, que Boston s‘enorgueillit d’être le fleuron des States. Créée par les Puritains fuyant l’Angleterre au XVIIIème siècle elle tend à se prendre un peu pour l’âme et la conscience des U.S.A. – Pour être tout à fait honnête, je dois dire que le XXIème siècle la voit évoluer rapidement.
Un car de quarante personnes prenant gîte dans un hôtel de luxe, à la neige, un-carc’est un peu comme hériter d’une poule aux œufs d’or qui se mettra à pondre pour vous pendant une petite semaine. Naturellement la poule doit se manipuler avec des pincettes, étant entendu que le moindre de ses gloussements est synonyme d’ordres, exécutables sans recours ! La perspective du chèque qui soldera le séjour est naturellement d’un grand encouragement à stéréotyper son sourire sur ses lèvres pour toute la semaine ! Pour réussir cette gageure, la solution est que cette semaine soit considérée comme une bataille à gagner. D’où la nécessité d’une préparation des troupes et du terrain parfaite pour voir briller au bout du compte son Soleil d’Austerlitz !
Apparemment tout semblait être au point pour gagner la bataille de « Boston » !
Le salon se remplit peu à peu. J’ai tendance à piquer du nez dans mon club, entendant vaguement notre amie nous tenir au courant de l’avancement calme des travaux ménagers. Ça y est … je plonge !

Si l’Archange, embouchant la trompette du Jugement, nous avait soudain annoncé « La troisième Guerre Mondiale » la réaction dans l’Hôtel aurait été la même. Un double hurlement de clackson, ponctué du crissement de pneus freinant sur le gravier dégagé de l’entrée de l’Hôtel percutent tout le monde tel un boomerang ! Sous les regards ébahis et éblouis, les deux yeux électriques du monstre saturent le hall de lumière alors que sa masse sombre et indécise dans la nuit bouche presque toute l’entrée !
La patronne jaillit de son bureau et se trouve nez à nez avec une jeune femme qui vient, elle, de jaillir du monstre – enfin du car de tourisme heureusement stoppé par les escaliers qui précèdent l’entrée. Elle tend un papier que prend l’hôtelière et sans attendre de réponse, se tourne vers le car et hurle : « OK !

Boston !
Boston !

Every thing good ! We’re arrived ! » tandis que notre amie, tremblante et soutenue par mon épouse, laisse tomber dans un murmure :

« Mon Dieu ! Ce sont EUX ! »

EUX ! Avec près de 15 heures d’avance, les commandos de Boston débarquent !

On pourrait penser, ce n’est quand même pas le bout du monde ou la quadrature du cercle. Peut-être un souper à improviser car non prévu ? mais dans les Grands Hôtels les garde-manger et les réserves sont toujours bien pourvus, donc ? Le remue-ménage de l’arrivée ? Bah ! un sujet de conversation pour les résidents au repas ou à la soirée !
Je ne dirais pas non à priori mais … il faut se remémorer ce que sont la vie et les habitudes dans un Hôtel étoilé dans une Station de Sports d’hiver. Par définition dans l’hôtellerie la chambre doit être libérée le matin de telle sorte qu’elle soit remise à neuf pour les clients nouveaux, dans l’après-midi. A la neige il en va tout autrement, très souvent pour ne pas dire toujours. Les matinées de départ qui s’étirent pour des tas de raisons sont légion, parce qu’on n’est pas pressé de regagner les plaines, parce que la dernière soirée a été ardente … ou arrosée, parce qu’on se demande, en tournant en rond si on ne pourrait pas rabioter un ou deux jours avant de reprendre le collier, ou … simplement par un coup de flemme insurmontable. Comme on sait que le Directeur ne viendra pas vous expulser manu-militari, les départs sont souvent difficiles et l’organisation bien cadrée de la gestion des chambres est souvent mise à mal. Si cela concerne une, deux ou trois chambres, il n’y a pas de vrai problème, mais, 40 d’un coup !!!
combien-pretesTel est donc le problème qui se pose à notre amie. Car un bon nombre de chambres ne sont pas encore prêtes à recevoir leurs hôtes. Ayant un peu récupéré, notre hôtelière – appelons-la « Anna » pour faciliter l’histoire – cherche la jeune fille au papier – qui doit être la responsable touristique du groupe – pour lui demander de faire patienter ses ouailles dans le car … Las ! Les premiers éléments du commando viennent de franchir le seuil, ultime ligne de défense possible, poussant valises et sacs tels des béliers destinés à briser toutes résistances. L’occupation du hall est menée de main de maitre alors que le reste de la cohorte féminine se bouscule pour entrer, suivie par les mâles encore plus chargés de sacs et valises, le tout dans un concert de « braillements » (je ne peux trouver d’autre terme) auxquels nous ne comprenons rien et pour cause ! D’ailleurs il semble bien que la montée de la vallée vers la Station ait été l’objet de libations festives si j’en crois la rougeur des visages qui ne doit rien au froid de la nuit.
Anna, qui avait retrouvé un peu de tonus, voit soudain tout s’écrouler car un mouvement se dessine parmi les troupes d’assaut pour investir l’escalier qui monte … aux chambres ! Si la horde glapissante accède aux chambres non prêtes, c’en est fini de la réputation de l’Hôtel, la troupe Bostonienne rembarquera avec fracas et nous n’aurons plus qu’à plier l’échine sous les injures made in america, toujours sans les comprendre. Après naturellement, s’être fait rembourser les acomptes – Business is Business !

Le Saloon !
Le Saloon !

On a dit que les idées salvatrices éclosent dans les moments de grand danger. Les trognes enluminées, plus les souvenirs que j’ai de la fréquentation de quelques GI, pendant la guerre, en Angleterre, plus la légende des saloons, mille fois filmée dans l’Ouest mythique où, après 4 coups de revolver le héros lance « Whisky pour tous ! » (Il doit bien y avoir un peu de vrai là-dedans !) l’idée s’impose que je ne peux stopper l’invasion qu’en ramenant le commando derrière ma Ligne Maginot : le Bar de l’Hôtel ! Je plonge dans la mêlée sans plus tergiverser, bousculant quelques « ladies » dont j’ignore les « Be carrefull ! » indignés, je me propulse en haut des marches, stoppant net la progression des éléments avancés. Il était temps, elles en sont à la cinquième marche !
Les bras étendus, tel le Christ de Rio ou le Général Dumouriez au moulin de Valmy, ayant enregistré du coin de l’œil le départ d’une équipe de secours, composée d’Anna et Co (c’est mon épouse), plus deux clientes amies, engagées volontaires, plus nos ados qui viennent de rentrer à point nommé, je lance un éclatant et définitif : « Ladies and Gentlemen » ! Miracle … le silence s’établit d’un seul coup !
Allons petit ! Ce n’est pas le moment de flancher ! J’ai quarante paires d’yeux qui me fixent, me scrutent, me détaillent. Si je ne réagis pas immédiatement, ça être la ruée et je serai balayé comme fétu de paille ! Je relance « Ladies and Gentlemen ! » un ton en dessous. Je rassemble tout ce qui me reste d’anglais et tant pis si mon accent est celui de Cambridge et non de La Nouvelle-

Le Bar
Le Bar

Angleterre. En quelques phrases plus ou moins hachées, je proclame qu’il ne saurait être question de recevoir nos hôtes américains sans les honorer d’une façon particulière. Et cela se résume en quelques mots : « Whisky for all of You ! ». C’est le maître-mot ! Le jeune de la famille qui fait office de barman a anticipé en ouvrant en grand les portes qui séparent le bar de l’entrée. L’Amérique s’engouffre dans la nasse, les trente ladies poussées fermement par les dix gentlemen. Je file derrière le comptoir. Devant, Boston est presque au garde-à-vous. Curieusement un silence complet s’établit, comme celui qui précède l’attaque !

Comme on la nommera plus tard : « La Bataille des Plumards » vient de commencer !

whisky
Whisky

Jo – tous les barmen s’appellent « Jo » aux States – commence à aligner les petits verres spéciaux, genre mignonettes, à la file en rang serré et j’ouvre la caisse de scotch qui a été livrée juste ce matin. Diable ! Du « 12 ans d’âge » ! Ils ne pourront rien nous reprocher ! Dans la hâte je n’ai pas retenu le nom du nectar et j’en demande pardon à l’Ecosse, mais au combat on ne lit pas le numéro des cartouches ! J’attrape la première bouteille, la décapsule et soudain le silence se fait quasi-total, comme si nous allions pratiquer quelques rites secrets et mystérieux. Je l’élève et la montre à la foule – pour le « 12 ans d’âge » – puis comme le tenancier d’un saloon, je fais courir le goulot sur tous les verres. Les dieux écossais doivent être avec moi car je n’en renverse presque pas sur le comptoir ! Je remplis mon verre, un peu, pendant que « Jo » distribue les quarante autres, je le lève comme pour porter un toast toujours dans ce silence inexplicable et tel la statue de Liberty Island, je lance :
« Boys and Girls, for Liberty …. Cheers ! »
Un coup de tonnerre se déchaine : quarante bras se tendent avec leur verre, quarante gosiers clament avec le bel ensemble d’une troupe bien entrainée :

CHEERS !
CHEERS !

« Cheers ! » et avec toujours le même ensemble les quarante godets sont vidés cul-sec ! Un point d’orgues et les verres se réalignent sur le comptoir.
OK ! J’ai compris et comme Anna n’a pas encore reparu pour annoncer la fin de l’Opération « Chambres » je remets le service. Cette fois la libation s’exécute chacun pour soi, dans un brouhaha de propos, de claques dans le dos, de tirades qui nous sont destinées mais dont on ne comprend goutte. Un peu plus loin, tous groupés, les clients de l’Hôtel qui, tout à l’heure se laissaient aller aux douces rêveries d’une soirée neigeuse, sont serrés en demi-cercle, contemplant effarés l’espèce de comédie baroque qui se joue autour du bar. Car la neige s’est mise à tomber, lentement, silencieusement, nous isolant encore plus du monde et rendant parfaitement irréelle le genre de commedia dell’arte qui se joue autour du bar. Les verres se retrouvent de nouveau alignés … troisième service !
Le self control et la retenue proverbiale des descendants des puritains anglais réfugiés au Massachusetts sont en train de partir en lambeaux dans les vapeurs onctueuses du « 12 ans d’âge ». Avec Jo nous avons devant nous une foule en pleine effervescence dont le seul acte unitaire consiste à remettre ensemble les verres en ligne pour un nouveau remplissage ! Et tiens donc … voilà qui est fait … quatrième tournée !
Mais voilà du nouveau ! Un petit vide se fait autour d’un grand escogriffe que j’ai déjà remarqué pour sa taille. Droit comme un « I », la chevelure blanche us-flagfoisonnante, un port altier, autour de 50/60 ans, ce gars-là est surement un rescapé d’Utah-Beach ou d’Omaha-Beach. Trente secondes de conciliabule, il lève son verre, le silence soudain se fait …… « O Say, does that star…. » d’une belle voix de contralto il entonne l’hymne américain, le « Star Spangled Banner » repris par l’ensemble du bataillon ! Par reflexe tout le monde, dans le salon, s’est figé au garde à vous.
C’est un puissant « Hourra » qui conclut, suivi des applaudissements des spectateurs.
L’ex-GI s’approche et j’ai droit, par-dessus le comptoir, à une accolade dont on se souvient dans la vie d’un homme ! Les verres s’étant réalignés, par hasard bien sûr, j’ai droit à une cinquième tournée. Nous en sommes à la sixième bouteille et à ce train-là toute la caisse va y passer. Il serait temps que le commando-plumards donne de ses nouvelles.

Ouf ! Voilà Co qui apparaît et me fait signe discrètement que tout est OK ! Le plus dur va être de convaincre le bataillon de quitter le camp de la soif pour gagner ses casernements. D’autant que quelques ladies commencent à donner des signes d’un équilibre incertain et que la tonalité générale tend vers les aigues. Je mobilise donc tout mon courage et mon anglais, qui ne s’est pas amélioré, bien que dopé à l’écossais, je me hisse sur la caisse de whisky, histoire d’avoir un peu plus d’ascendant et je me lance !
J’attaque avec un « If you please… » sonore, plus crié que parlé, mais le but est atteint et le silence se fait, ponctué de quelques « Shut up » comminatoires. Tant bien que mal je leur fais comprendre qu’on est très heureux de les avoir, et aussi d’avoir participé à notre invitation, et que demain il fera jour, et qu’on a toute la semaine pour se congratuler et faire connaissance…. Je pense qu’ils ont compris mais je crois surtout que le « 12 ans d’âge » de la cinquième tournée est en train de faire son effet ! En tout cas le mouvement s’amorce vers les escaliers, très sagement, très calmement et j’en vois d’ailleurs qui ont une certaine difficulté à gravir les marches. Nous sommes loin de la fougue et de la détermination des premières éclaireuses jusqu’à la conquête de la cinquième marche !
Le bar est vide, le salon a retrouvé son calme feutré, des flocons descendent toujours en valse lente, sortant de la nuit en s’illuminant au contact des plages de lumières. Les clients ont retrouvé leurs fauteuils, leurs canapés, leurs conversations feutrées. Mais on voit bien que le sujet principal des échanges ce soir tournera sur le débarquement U.S. et sur l’action défensive menée sur le front du Bar, grâce aux « armes » venues d’Ecosse !

Laissant « Jo » terminer la remise en ordre du bar dans un coin duquel trônent les six containers de la victoire, je retrouve Anna, écroulée à son poste de réception dans le hall d’entrée, fatiguée par le coup de reins qu’il a fallu donner dans les étages, mais encore sous le coup de la peur qui l’a saisie quand le bataillon de Boston a déboulé du car. Mon épouse parait être aux abonnés absents et toutes les deux tentent de se réconforter mutuellement. Je suis moi-même dans un état second, bien qu’ayant dosé mes gobelets au minimum, mais maintenant que l’excitation du combat est retombée, le tonus nerveux affiche « 0 » ! Je crois qu’il est temps de mettre les troupes au repos et je décide une retraite stratégique vers notre chambre personnelle. Hélas pour Anna il n’en est pas question car la cloche vient de sonner l’heure du repas et il lui faut reprendre le harnais, retrouver le sourire, veiller à tout et à tous comme chaque jour, donner le change comme si l’Amérique n’avait jamais été découverte par Colomb !

Grandeur et Servitude de l’Hôtellerie !

C’est un paquet d’encouragements que nous lui donnons avant d’aller sans attendre nous glisser sous la couette !

 

Lorsque j’écris ces lignes aujourd’hui, le vieux monsieur que je suis sent monter en lui une grande bouffée de nostalgie. Oh ! Non de la jeunesse passée mais de cette époque d’après la Grande Tuerie, où tout semblait possible, où l’on rêvait de Paix Universelle, de fraternité retrouvée, où l’avenir ne pouvait être que le début d’une nouvelle Ere, où l’homme porterait un regard fraternel sur l’Autre, sans distinction de label, où tous les problèmes, quels qu’ils fussent, pourraient se résoudre sans haine, sans violences.

J’ai intitulé cette petite aventure « Le soir du Débarquement » avec un rappel du 6 Juin 1944, parce que cette arrivée en force d’un car de touristes non attendus aurait pu tourner au drame, petit peut-être mais drame quand même, drame économique pour l’Hôtel, drame humain par l’affrontement qui pouvait s’ensuivre, drame de société par les traces qui en seraient restées dans l’esprit de tous les protagonistes.

Mais j’ai aussi choisi ce titre pour une raison ludique, plus ironique, dans le style de la commedia dell’arte, pour cette vision inversée du « Jour J ». Débarquement à une heure non attendue, comme sur un lieu non prévu pour le Grand ! La furia des Ladies fonçant dans le hall comme les GI jaillissant des « landing-crafts » ! Enfin la réaction des occupants des lieux pour retarder l’accès aux chambres, rappelant l’idée de Rommel de contenir l’invasion sur les plages !
Ma plage s’appela « Le Bar » et mon arme tactique, l’arrosage des troupes au « 12 Ans d’Âge » !
Lorsque le combat prit fin, il n’y avait ni vainqueurs ni vaincus, ni assaillants ni défenseurs, mais des hommes et des femmes qui avaient découvert une autre approche, fraternelle celle-là, des uns et des autres !

Un « combat » qui a dû marquer durablement la mémoire de ceux qui le vécurent !

nuit-montagne

Et « Le Soir du Débarquement » l’Hôtel s’endormit dans la Paix des Cœurs !

Claude

ROOM SERVICE ? Please !

Les Histoires Secrètes d’un « RS » !

Pour tous ceux qui ont beaucoup voyagé de par le monde et qui ne connaissent souvent que les hôtels affichant au moins Une Etoile, cette locution fait partie de leur langage courant. Qu’ils soient Blancs, Jaunes ou Noirs, et même si leur langue nationale est l’Hindoustani, le Swahili ou le Bolivien et étant bien entendu que la langue parlée dans les grands hôtels et palaces planétaires est définitivement l’Anglais, ces trois mots résonnent sur les Cinq Continents et font apparaître comme par magie un humain de sexe masculin, plus ou moins déguisé par la livrée que les palaces, en particulier, semblent adorer, qui est prêt à exécuter tous les ordres, même les plus saugrenus, que le « Foreign Tourist » (nom donné aux Usagers) lui intime.

ChampagneJe n’ai véritablement jamais été un « Room Service » et j’en suis fort aise car je ne pense pas que j’aurais pu me faire à ce genre de métier, tant pour la relation avec les « Clients » que pour les combines et les dessous qui entachent souvent, hélas, ce service. C’est une chose d’apporter simplement la bouteille de champagne qu’un « FT » (ndlr : Foreign Tourist) en mal d’aventure a commandé pour honorer la donzelle qui s’ébat dans la salle de bain, c’en est une autre, bien plus avilissante, de se transformer en « pourvoyeur » stipendié des bassesses de la nature humaine.

Pourtant les « RS » (ndlr : Room Service) sont dans leur très grande majorité des garçons ou des hommes que les sirènes du « petit trafic » ne détournent pas de leur droiture. Toujours prêts à rendre service certes, mais dans les limites de l’honnêteté des demandes qui leur sont adressées. Il n’en reste pas moins vrai qu’ils sont fatalement détenteurs de bien des histoires ou des petits secrets sans le vouloir, par le type des relations assez proches qu’ils ont avec les clients.
Ce sont deux de ces relations imposées par les circonstances qui m’ont permis de me faire une idée assez exacte de ce que peut être la vie de ces personnels que l’on regarde sans les voir, que l’on utilise sans les connaître. Sourd, aveugle et muet, les trois qualités d’un bon « RS » ! Adroit, débrouillard et multi-technicien, les trois qualifications nécessaires pour tenir la rampe ! C’est ce que j’ai découvert au cours de mes brèves incursions dans ce métier.

Marié, père de famille, une épouse « multicartes », des enfants plus très jeunes mais pas encore assez vieux, bref l’âge d’or pour une famille qui vit dans l’unité, sans couacs majeurs. Où, par exemple les sorties, les WE, les vacances ne disloquent pas la cellule familiale.
Nous avions de très bons amis, presque de la famille, qui géraient un grand hôtel à la montagne, là où, l’hiver, la neige rameute tout ce qui se veut Jean-Claude Killy sur les planches. Ce genre de gestion c’est tout le contraire de ce que beaucoup imaginent : un tiroir-caisse ouvert où tombent et s’engloutissent des billets de banque au format et aux couleurs de bien des nations. Oh ! Oui ! les notes ne sont pas comme celles de « Bébert », le bistrot du coin, mais le travail et la responsabilité qu’il faut fournir pour justifier « les zéros derrière un chiffre » n’ont rien de commun avec le service des « Pastagas Bébériens ». L’hôtellerie des stations de neige était soumise, à l’époque de mon récit, à un genre d’épée de Damoclès : le personnel n’y était pas engagé sur contrat, ce qui permettait au « patron » de s’en séparer sans autre forme de procès, mais, juste retour de bâton, les membres du personnel pouvaient aussi se libérer à leur guise. Ce qui arrivait Room Servicedeux ou trois fois la saison chez nos amis, et bien sûr pour le WE, journée cruciale à la neige ! Alors sonnait la cloche de l’amitié et comme, de surcroît, nous étions fanas de la montagne, notre troupe arrivait en secours.
Monsieur et Madame les Hôteliers poussaient un grand « Ouf », Madame mon Épouse se changeait en soubrette, c’est-à-dire vraiment en entrepreneur de ménage pour les chambres, et ce souvent deux fois par jour. Quant à moi j’endossais le fameux rôle du « RS », sans le déguisement (que j’aurais refusé) car mes amis n’étaient pas partisans de ces marques extérieures de servilité ! Pour les enfants, ils étaient trop heureux de disparaître avec leurs amis, nos hôteliers étant aussi en possession d’un trio d’âge équivalent !

Je n’ai pas porté beaucoup de bouteilles de champagne, les soirées, à la neige, se terminant très souvent dans un « Night-Club ». Et comme vers les deux heures je dormais du sommeil réparateur, je n’étais pas au courant des allées et venues Plateau breakfastnocturnes de certaines ombres dans les couloirs ! Oui ! Mais mon service commençait avec les petits déjeuners. Mon ami m’avait assez bien formé au service, surtout avec l’aide d’un employé qui s’était attaché à cet hôtel – allez savoir pourquoi – comme à une bouée de sauvetage. Je peux donc me vanter d’un service très stylé, sans jamais un accroc, peut-être parce que cela ne durait que l’espace du WE ?
Voir sans regarder, entendre sans écouter, parler pour ne rien dire, jamais ces trois impératifs ne m’ont été aussi nécessaires que ce jour-là ! Le plateau du « Breakfast » dans un hôtel de cette classe comporte presque un repas et comme en général il se sert pour un couple, je vous laisse à penser de son organisation …et de son poids !
Coup de grelot … ma « patronne » « J’envoie le 12 ! » (Il y avait quand même un monte-charge) … moi « OK ! je réceptionne ! » J’attrape le plateau à deux mains, (Pourquoi n’ai-je jamais fait de muscu !) et en route pour le 12. Ils sont arrivés dans la nuit, paraît-il, donc des inconnus ! Si j’étais en train d’écrire un scénario pour une quelconque « série » … là je ferais une pose « Pub », histoire de mettre un peu de suspense dans ma sauce ! Bon ! J’ai pitié !
Devant la porte du 12 …pose le plateau …j’ai bien mon passe  ? Oui …(dans ces hôtels il faut obligatoirement la clef …ou un passe !) …frapper 3 coups ..moyens ! …écoute ? pas de réponse ! …refrapper 3 coups plus forts ! …écoute ? une voix (qui me paraît un peu rauque) m’enjoint d’entrer ! Un coup de passe, j’ouvre la porte.
Là, pas de pose Pub mais je dois, pour la compréhension de ce qui va suivre (et aviver le suspense) vous décrire le plan des lieux. La porte donne sur un couloir de quelques mètres de long dont le mur se prolonge jusqu’au balcon, d’un bord armoires, penderies ouvertes d’ailleurs et bien mal rangées, etc, de l’autre l’entrée de la Salle de Bain. De la porte je vois sur la gauche table et fauteuils, sur la droite l’alcôve du lit que je ne vois pas.

Je reprends mon plateau, avance en entendant comme un halètement sourd (y-aurait-il un malade ?) et, arrivé au bout du couloir j’entre dans l’espace chambre ….encore une pause Pub ?? Non je ne peux pas vous laisser mijoter dans l’incompris … Avançant toujours dignement, et il m’en a fallu de la dignité, vers la table j’enregistre du coin d’un œil (le droit) ce que je pense être un couple, car je ne vois qu’un dos musculeux et poilu qui semble faire des pompes, bien qu’au bout apparaissent quatre pieds très agités. Face au mur pour ne pas regarder, bien qu’un pâle reflet dans la baie vitrée ne me laisse pas ignorer grand-chose de ce qui se trafique dans mon dos, assez ébahi de cette situation hors normes, je ne peux tout de même pas aller taper sur l’épaule du gars pour le prier d’interrompre ses exercices physico-sexuels ! D’autant qu’un regain d’activités me gratifie maintenant de la sonorisation de ce qui était d’abord un film muet.
Après tout je me persuade que je ne suis qu’un très anonyme « RS », mais, ne voulant pas déchoir aux règles de la profession, d’une voix que j’espère calme et posée, j’annonce le très rituel : « Messieurs-Dames, le Petit Déjeuner » ! Le dos poilu me jette, entre deux halètements : « Han ! Pose sur la table …han » ! Je reprends toujours calme et digne (du moins je l’espère) le chemin du couloir en lançant sans trembler – toujours la formation du parfait « RS » – « Je souhaite à ces Messieurs-dames une agréable journée de ski, La neige est profonde », ponctué par un « Han …Han ! » poilu et je m’éclipse !
Comment ai-je pu me retenir d’ajouter «  …comme l’orgasme ! »

Une fois sorti de la chambre luxurieuse je n’ai pu m’empêcher de me voter des félicitations pour ma tenue professionnelle en l’occurrence : pensez ! je suis incapable de vous dire comment était la partenaire du poilu, ni à qui revenaient les divers « han » entendus, ayant été le seul membre de ce trio impromptu à avoir émis des sons intelligibles et cohérents !

Le plus amusant est que nous avons dû nous voir et nous croiser dans les salons, le bar, les couloirs de l’hôtel sans pouvoir nous reconnaître car aucun des trois n’avait vu le visage de l’Autre ! Le « Plateau du 12 » restera pour moi comme une énigme. Et comme la triste constatation que pour bien des habitués de cette classe hôtelière, le personnel est constitué d’ectoplasmes ! Est-ce qu’on fait attention à un ectoplasme ?

 

Ma deuxième aventure s’est passée dans ce même hôtel et pour les mêmes raisons Coucher de soleilqui nous avaient fait monter ! Fait plus grave, le responsable « Eau/Électricité » avait joué la fille de l’air dans la nuit avec la femme du second cuisinier (elle était responsable du linge) lequel avait déserté à son tour, lancé à la poursuite des infidèles ! Ce que mon ami appelait « Mes qualifications techniques » me propulsait au rang de « Maître des Tuyaux, robinets et valves » et des « Canalisations électriques et Disjoncteurs divers ». Mon épouse quant à elle avait plongé dans une espèce d’enfer, la buanderie, chargée de la coordination des arrivées de linge sale, de leur mise en machine, extraction et envoi au repassage, un truc tout à fait excitant ! Elle avait une aide en la personne d’une jouvencelle, nouvelle dans le métier, et qui rêvait surtout d’un bain de soleil à l’altitude 3000, amoureusement lovée aux spatules d’un athlète de « Skiboard ». Je reconnais que cette fois j’avais hérité d’une planque, l’hôtel étant de bonne facture et de construction assez récente.
C’était la fin de l’après-midi, une de ces fins de journée comme seule la montagne sait en offrir. Pas un souffle d’air ne venait déranger la fine architecture de givre et de neige dont la nuit précédente avait gratifié les sapins. La coupe rougeoyante du soleil dont la clarté s’atténuait à travers une très légère brume diffuse, descendait lentement derrière le pic des 3000, offrant à notre jeune lavandière le spectacle de ses flammes ondulant au gré des rides de la piste noire. La montagne était de nouveau vierge et un calme inaccoutumé enveloppait la station où tous les skieurs avaient regagné leurs aîtres. Comme dans une tragédie antique le décor venait de se mettre en place, où les Dieux avaient préparé tous les ingrédients du drame.
Derrière les grandes baies du salon, ouvrant sur le bas des pistes, déjà dans Sapins enneigésl’ombre, avec ma lingère de femme et notre amie, plus quelques clients déjà redescendus des chambres, nous contemplions, un peu émus, toute cette beauté que sait créer la nature. Un bruit de moteur vint en rompre le charme et notre petit monde, comme soudain réveillé, se dispersa dans le salon et le bar. C’était les derniers « FT » attendus qui arrivaient à bon port.

C’était un jeune couple – nous apprîmes plus tard qu’ils finissaient un voyage de noces. L’hôtelière s’avançât, précédée d’un bagagiste qui eut tôt fait de s’emparer des valises du couple. Quelques mots de bienvenue, deux ou trois échanges de politesse et les jeunes demandèrent à gagner leur chambre sans attendre. La jeune femme, un peu lasse du voyage, je pense, désirait, dit-elle, se remettre de cette lassitude dans un bain chaud et une douche revigorante. Dans la grande majorité des hôtels et surtout dans des établissements de classe, il n’y a pas de chambre « 13 » ! A la location, le couple avait spécifié, je l’ai su plus tard, que si par hasard il existait une chambre « 13 » il n’était pas question de les y loger. Ici le problème ne se posait pas et la « 14 » leur fut allouée. Mais le sort voulut qu’un bris de baie vitrée inopportun dans la matinée rendit cette chambre inoccupable. Cela ne posait aucun problème et notre amie les mit à la « 12 » !

Les Anciens Grecs prétendaient que les Dieux aveuglaient les humains qu’ils voulaient perdre. Depuis cette époque et à la suite des événements à venir, je me suis toujours posé une question qui reste encore aujourd’hui non résolue : quelle est la personne qu’ils auraient voulu perdre ?

Le couple était monté depuis un bon moment et dans l’attente de la cloche qui marquait le repas comme sur un vaisseau de haute mer, nous sirotions tranquillement, et exceptionnellement un whisky de 12 ans d’âge. Le chiffre aurait dû m’alerter mais, enfoncé dans la douce béatitude des soirées d‘après-ski à la neige, je n’y prêtais aucune attention. Avez-vous connu les prémices d’un gros orage ? L’air se fait de plus en plus immobile, les sons deviennent de plus en sourds, la lumière elle-même semble défaillir …et soudain, dans un craquement apocalyptique, un éclair zèbre l’infini, déclenchant toutes les forces contenues de la nature, ouvrant toutes les vannes du ciel et libérant tous les grondements du tonnerre qui roulent de nuages en nuages. Zeus, impavide, lance ses éclairs sur les hommes …et l’un d’eux atterrit sur l’hôtel !
Oh ! Non ce n’était pas un orage, c’était bien pire ! D’abord un cri perçant, horrible, de ceux qui vous glace le sang, dit-on, finissant dans une espèce de gargouillis. Puis une cavalcade dans les escaliers et l’apparition stupéfiante du jeune marié, en peignoir de bain, devant un parterre d’humains tous statufiés. Notre homme semblait complétement anéanti, cherchant son souffle, répondant par des onomatopées aux questions dont on le pressait. J’allais me lancer dans les escaliers lorsqu’il réussit enfin à se maîtriser un tantinet : « L’eau …l’eau …..robinet… l’eau …ça coule » J’en conclut qu’un robinet avait dû rendre l’âme et que tout cela n’était pas bien grave. Mais alors pourquoi ce hurlement ? Il tenta de répondre « la douche…la douche » avec de grands gestes désordonnés, comme s’il tentait de maîtriser quelque chose. Je fonçais donc vers la chambre, sans toutefois cavaler, suivi de la patronne, de ma femme et des clients présents qui comptaient bien certainement en avoir pour leur argent.
Porte de la chambre ouverte, celle de la salle de bain fermée et un filet d’eau, grossissant coulant par en dessous, en direction d’inonder la chambre. Pas de quoi s’affoler. Comme chacun le sait, les baignoires comportent une ouverture sur le côté du revêtement avec deux robinets vannes pour couper les arrivées d’eau. Pourquoi le jeune monsieur n’avait-il pas fait ce simple geste ? J’allais prendre la réponse en plein dans les mirettes ! J’ouvris la porte et restais statufié, cloué sur place par le spectacle. Le Mari tentait désespérément de refouler les curieux et il en avait une très bonne raison. Devant moi, figé une clé à molette dans la main, j’avais un tableau digne d’inspirer Géricault.

Droite, debout dans la baignoire, aussi nue qu’à sa naissance, tentant en vain de maîtriser le flexible de la douche qui, ayant perdu sa pomme, se muait en lance d’incendie. Projetant ce faisant le jet d’eau dans toutes les directions, ses longs cheveux auburn coulant sur ses épaules, cachant à demi un sein fort bien fait ma foi, telle La Source d’Ingres dépassée par les flots de son vase, la jeune épousée n’était pas loin de la crise de nerfs. J’articulais déjà mes premiers mots pour la rassurer et lui dire que j’allais très facilement couper l’eau et je fis un pas en avant dans le ruisselet qui gagnait le couloir maintenant. Malheur ! Elle n’avait certainement pas dû bien enregistrer la scène mais mon mouvement la réveilla et m’apercevant enfin elle poussa le même cri que nous avions tous déjà entendu : « Au secours ! » ajoutant sans doute pour faire bonne mesure et accentuer toute l’horreur de sa situation : « Au secours ! Un Homme ! » Puis elle se mit en défense en projetant le flot du flexible vers ma poitrine. C’est drôlement fort un jet de flexible ! Je me cassais en deux, dans le petit ruisseau qui commençait à grossir je dérapais et pour ne pas chuter dieu sait où, aveuglé par le flot, je lançais mes mains en avant, cherchant à crocher quelque chose ….. et je la saisis à bras le corps !
Il y eut un instant d’éternité. Plus rien ne bougeait, si ce n’est le flexible qu’elle avait lâché et dont l’embout battait la mesure sur le bord de la baignoire, l’eau giclait du tuyau, transformé en serpent cracheur, dans tous les sens, le mari et les voyeurs étaient statufiés et mon amie la Patronne commençait à s’arracher les cheveux. Une seconde ? Quelques secondes ? Je suis incapable de mesurer le temps qui s’est écoulé. Car, aussi soudainement, ma « Source » s’anima et un long cri, comme un cri de désespoir, fusa de sa bouche, renversée en arrière, tandis que dans mes bras son corps se tendait comme un arc !
« Au Viol » ! et le cri rebondissant sur les parois, se répétait comme un écho ! Nous allions avoir bientôt tout l’hôtel devant la porte de la chambre. Je vis qu’elle allait remettre la sauce, il ne me restait qu’une chose à faire : la gifler pour casser sa crise de nerfs en formation. Dégageant mon bras je lui administrais la plus belle paire de baffes en espérant qu’elle n’en prendrait jamais d’autres ! Et elle s’affaissa, inerte, dans mes bras !

Le drame tournait au vaudeville. Mon ami avait enfin réussi à renvoyer à leurs apéros les assoiffés de faits divers, le jeune mari avait cueilli si je puis dire son épouse dans mes bras et l’avait dare-dare emportée dans la chambre et je pus enfin actionner les robinets dont la fermeture très simple par le mari aurait évité tout ce « Mélo dramatique »…et le dégât des eaux qui s’en est suivi !
Le lendemain dans la journée je reprenais la route du Midi avec mon épouse, encore secouée de rire dont je n’arrivais pas à discerner la cause. Elle finit par m’avouer que, présente bien sûr derrière moi avec son amie, elle n’avait jamais vu ou pu imaginer le désarroi d’un homme, tenant dans ses bras une femme nue dont il n’avait que faire et qui hurlait à la cantonade : « Au Viol » !Le RS

La Chambre 12 ! Nos amis nous racontèrent qu’ils avaient plus tard éradiqué ce numéro de la liste de leurs chambres. J’espère que Zeus ne leur en a pas tenu rigueur ! Quant à moi, j’ai terminé là ma « carrière » de »RS » remplaçant !

Et lorsque j’achète une douzaine d’œufs, j’en prend toujours treize !!

On ne sait jamais ….Hein ?

Claude

Mon Premier Accouchement

     L’Apprentissage de la Paternité !

PREAMBULE
8 Mai 1945 ! L’Europe !Screen Shot 02-05-16 at 10.41 AM
2 Septembre 1945 ! Le Pacifique !
Le silence des armes est enfin retombé sur le Monde !
Et l’on a commencé le terrible décompte de tous ceux, hommes, femmes, enfants, qui ne reviendront plus, fauchés par la violence des armes ou disparus dans les fumées des crématoires.
60 millions de morts – L’Atome – Un monde à reconstruire !

TOULON
Printemps 1946. Je viens de rentrer en France et dans quelques semaines je vais être démobilisé. Venir de Paris, en train, s’apparente à une expédition tropicale…. J’ai découvert mon pays ravagé, tout est à refaire. Eh bien ! Allons-y ! On est en vie, on a 20 ans, l’amour m’attend, un foyer à fonder, une famille à créer, des enfants à élever, pour un peu je chanterais, comme Trenet !
Printemps 1947. La marche nuptiale, Mendelssohn …on est encore un peu retro …Voyage de noces (offert !) à Bruxelles …oui, le train s’est amélioré …La vraie Vie, tournée vers l’avenir, commence !Screen Shot 02-04-16 at 10.56 PM
Malgré les difficultés, le ravitaillement entre autre (on a toujours les sacro-saintes cartes !), les objets de première nécessité qui manquent, le marché du travail qui s’organise trop doucement, le moral est au beau fixe.
Chez les jeunes la vie bouillonne en nous, la vie que l’on a bien cru perdre cent fois, mille fois. Comme tous, cette vie je ne veux pas la garder en moi, la thésauriser, en jouir égoïstement. Cette vie je veux la voir naître. Avec Colette le même besoin de recréer le monde nous porte à croire en l’avenir. Ce monde où la règle était de détruire, guerre oblige, nous voulons le recréer, non comme il a été mais comme nous rêvons qu’il devienne ! Et notre premier but : fonder une famille, un foyer qui va recevoir nos enfants !
Pour moi c’est fait.

Nous sommes en Mai 48. Il y a quelques mois j’ai avoué mon 23ème printemps. On a un peu fait la fête, sans trop forcer car Madame présentait une adorable rondeur qui avait entrainé toutes les supputations familiales sur le sexe* du petit ange qu’elle nous concoctait. À tous hasards le staff féminin de la famille, toutes aiguilles à tricoter en batterie, la Singer de Belle-Maman en action intensive, ma mère s’étant réservé la partie confection des langes, des “pointes”, des molletons, nous a composé une garde-robe Bébé répondant à toutes les possibilités. La maison s’est donc enrichie d’une armoire petit modèle toute rose et d’une table à langer toute bleue, une “nouveauté” parait-il si j’en crois les futures “Mémés” qui se montrent assez réservées sur ce nouvel engin de puériculture ! L’ouverture de l’armoirette révèle tout un assortiment de bleus et de roses, déclinés dans tout leur éventail.

Screen Shot 02-04-16 at 11.04 PMLa Clinique où officie notre gynécologue, un ami de mes beaux-parents, propose aux parturientes des chambres dont l’agencement et la décoration leur font un peu oublier le pourquoi de leur présence. Pour un peu je me croirais chez nous, quoique nettement plus cossu ! Le silence feutré invite à la concentration, ce qui est parait-il recommandé à notre état, et mon épouse en profite pour faire ses exercices de pré-gésine. Car nous sommes aujourd’hui en possession d’un livre qui s’adresse à toute la génération montante et que quasiment tous les jeunes ménages ont à leur chevet. Un livre qui vient de faire exploser le tabou ancestral de la maternité “douloureuse” au grand dam des Anciennes dont la sacro-sainte règle était : “Tu enfanteras dans la douleur” ! “Au Service de l’Amour” du Docteur Jean Carnot est la nouvelle bible maritale, le vade mecum de l’Amour et du Couple, tant sur le plan spirituel et sentimental que sur le plan médical en ce qui concerne l’enfantement.
Tout en serrant ma main comme elle en a l’habitude, Co s’astreint à ces exercices de concentration, rythmés par de longues inspirations-expirations qui me font penser au soufflet du forgeron en train de préparer son fer.
Notre gynéco arrive. Quelques impositions stéthoscopiques et le chariot, sous la haute direction de la sage-femme, emporte mon épouse vers la salle d’accouchement. Quant à moi, dans la même foulée, je suis prié de gagner une autre pièce, salle d’attente des futurs pères en puissance ! Toujours un décor lénifiant, auquel d’ailleurs je ne prête pas beaucoup d’attention, des fauteuils confortables, des revues – peut-être pour occuper notre esprit.

Je m’installe le plus confortablement possible – il parait que “ça” peut durer longtemps – un œil vagabondant sur une revue, une Oreille tendue vers les bruits étouffés du couloir – tiens, la salle d’accouchements est à proximité, pourrait-on avoir besoin du renfort du futur père, comme le préconise Carnot, car pour nous, présentement, cette salle est couverte par le secret-défense. J’ai beau tendre l’oreille, tenter quelques incursions jusqu’à la porte que j’entrouvre, je ne récolte que le silence. J’ai beau me souvenir que notre bouquin tord le cou aux cris et gémissements des parturientes, je ne peux m’empêcher de penser à la mise en condition à laquelle j’ai eu droit de la part des deux “grands-mères en devenir” sur l’accouchement politiquement-correct.
Voilà autre chose ! Un “collègue” vient de me rejoindre. Légèrement plus âgé, je Screen Shot 02-05-16 at 10.29 AMpense, mais nettement plus pale et agité que moi ! Je lui octroie un grand sourire, de bienvenue ou d’encouragement, ce qui a l’air de le laisser complètement froid. Bon, à chacun sa méthode ! Les minutes s’égrènent unes à unes et la tension devient plus palpable. L’accouchement d’une femme, pour ceux qui attendent, a ceci de particulier qu’on ne peut faire aucun pronostic de temps. D’où un stress qui monte peu à peu et contre lequel, il faut bien le reconnaître, il est assez difficile à endiguer. Mon “collègue” semble sur ce point beaucoup plus vulnérable. Calé dans mon fauteuil, je le regarde aller et venir car il a commencé à arpenter la pièce, comme si le travail qu’il produit pouvait se transmettre à son épouse. Comme il a ignoré toutes les tentatives que j’ai faites pour lier conversation, je me contente de le suivre des yeux dans son marathon pré-paternel. Et curieusement une image est en train de se former petit à petit dans ma tête, l’image d’un gars que je connais mais d’où ?

Euréka ! J’ai fini par trouver. C’est un des anciens amoureux de Colette dont elle m’a parlé un jour en me le montrant dans la rue, avant notre union. Il était assez bien placé auprès de la famille dans la liste des prétendants, le hic étant qu’elle n’en voulait absolument pas. Nous n’avions jamais eu l’occasion de nous rencontrer, ayant disparu de la cohorte des prétendants lors de notre mariage, alors que les autres sont tout simplement devenus nos amis. La vie concocte ainsi parfois des surprises dignes d’être imaginées par un romancier. L’observation de son attente agitée n’en devient que plus amusante et je ne vais certes pas le détromper. Surtout que l’atmosphère vient subitement de changer. De l’une des salles opératoires vient de s’élever des cris et gémissements que nous entendons fort bien. Comme je ne reconnais pas le timbre de ma femme, il s’agit donc sans aucun doute de celui de la sienne. Il a d’ailleurs stoppé brutalement son arpentage, car il l’a bien reconnu et le voilà, debout raide comme un piquet, tremblant de tous ses membres, tellement que j’ai peur qu’il se mette lui aussi à hurler à l’unisson ! Je me lève pour essayer de le calmer, il fait deux ou trois pas et il s’affale, tout raide, d’un coup, sur la moquette ! J’ai repéré en entrant un bouton d’appel – je crois bien que le cas ne doit pas être isolé – et je bloque mon doigt dessus. Presqu’aussitôt apparaissent deux infirmières qui ne manifestent aucun étonnement, remettent mon bonhomme sur un fauteuil et lui font respirer ce que je pense être des genres de sels (comme nos grands-mères) accompagnés de quelques gifles médicales, le tout réveillant mon gars de son évanouissement.

Allons bon ! À peine remis de sa transe le voilà qui part dans une série de cris à l’unisson de celle qui accouche avec la même partition, tout en jouant les moulins à vent avec ses bras. À ce stade je me demande bien ce que vont pouvoir faire les infirmières ? Question inutile car elles ont l’air d’être bien rodées à de telles explosions. Tandis que la plus forte, genre catcheuse, le Screen Shot 02-04-16 at 11.07 PMmaintient, l’autre sort une seringue toute préparée – bonne précaution – et sans plus barguigner la lui plante dans le gras du bras. Comme nous sommes le 30 Mai et qu’il fait très beau il n’y a pas eu de problème vestimentaire ! Un coussin sous sa tête et les deux infirmières sortent en me gratifiant d’un large sourire. Je vais être classé dans la catégorie des “calmes”. Tout ceci s’est déroulé sans qu’un seul mot soit prononcé et me voilà seul avec l’endormi. Les gémissements ont aussi cessé, son rejeton ou sa rejetonne a dû naître. Ces deux-là n’ont pas dû lire “Au Service de l’Amour” !

Je commence tout de même à me faire un peu de souci devant le temps qui s’allonge. Bien que je me veuille parfaitement confiant, ces toutes nouvelles techniques de l’accouchement sans douleur sortent à peine du stade de l’expérimentation. En ai-je fait des heures d’entrainement avec la future maman à la respiration dite « du petit chien », à l’entrainement à la concentration avant le sommeil, ce qui pour ma part me menait droit dans les bras de Morphée. Pourtant ce silence …. Les « Mémés » m’ont tellement rebattu les oreilles avec leurs douleurs fatidiques, « consubstantielles à l’accouchement » disaient-elles. Je contemple l’autre Papa – qui ne le sait pas encore – toujours sagement et médicalement endormi avec l’envie ….la porte s’ouvre, l’infirmière-piqueuse me fait signe : « Venez … », quelques dixièmes de secondes après je suis dans le couloir, la sage-femme apparait portant dans ses bras …Oh ! Merveilles ! …Oh ! Félicités ! c’est mon Bébé ! Aussitôt mon regard interroge … « C’est une fille    suivez-moi ». Par faveur spéciale je suis admis, avec blouse, masque et gants, dans la nursery, à la première toilette de ma Fille ! Je me renseigne sur la façon dont cela s’est passé – « Très bien, une lettre à la poste » – pendant qu’elle lui racle véritablement la peau pour enlever la couche de graisse qui nappe mon enfant, laquelle ne bronche pas (déjà un caractère bien trempé ?) si ce n’est quelques légers vagissements qui semblent dire : « Je suis là…c’est bien moi ! » A voir ce que la sage-femme lui enlève, elle a dû glisser, parfaitement lubrifiée ! Chère petite qui aimait déjà sa maman au point de lui faciliter le travail de l’enfantement ! Enfin c’est ce que je me dis pour m’exonérer de mes doutes d’il n’y a pas si longtemps !

Raclée, lavée, douchée, enveloppée dans ses langes de clinique, nous reprenons tous les trois le chemin de la chambre où Colette a été transportée pendant la toilette de Mademoiselle. Devant la porte, arrêt, la sage-femme me met ma fille dans les bras ….Brrrr ! la trouille…et en même temps la fierté. Je vais avoir l’insigne honneur de remettre moi-même à sa Mère…notre Fille ! J’entre. Co, un peu pâlotte, les traits un peu tirés, mais rayonnante, son merveilleux sourire sur les lèvres, le bras déjà courbé en forme de nid, me regarde sans rien dire. Mais ses yeux parlent eux. J’ai l’impression fugitive qu’elle me dit « Merci » alors que c’est moi qui suis éperdu de bonheur. Lorsque je dépose notre enfant dans les bras de sa maman, elle se tortille un peu, comme pour chercher sa place et …s’endort !

Dans les grandes joies, comme dans les grandes peines, il n’est nul besoin de Screen Shot 02-04-16 at 11.35 PMmots. Je suis assis au bord du lit, nos mains serrées, tous deux en contemplation « béate » selon l’infirmière, devant notre petit chef d’œuvre. Je crois que tous les parents, surtout la première fois, ont la même réaction. On peut gloser à l’envie sur le poids (à la naissance), la taille, le velouté de la peau, l’abondance ou la rareté des cheveux, les yeux bleu-ciel ou noir-profond ou noisette-des-bois, les menottes potelées et les petons tout roses, notre enfant est toujours, indubitablement et définitivement, la Septième Merveille du Monde !
Dans la chambre c’est le grand silence du bonheur, ce silence qui se nourrit de toutes les pensées qui vont l’un vers l’autre, des légers soupirs que pousse Bébé de temps en temps, peut-être déjà en train de rêver, à son Papa qu’il lui tarde de connaître, à sa Maman qu’elle connaît bien, sa Maman qui l’a faite, cellule après cellule, avec la patience et la force de l’Amour.

Nous nous regardons, tous les deux, profondément, je me penche et j’embrasse ma Femme. C’est notre dernier instant de solitude où nous sentons l’infini de l’Amour qui fait de nous trois une seule personne.

C’est fini ! La Famille va arriver !

*  L’échographie (1970) n’existait pas encore.

Claude

Dédié à ma Fille, MARTINE,
Grand Mère d’un couple d’adorables bambins
Le 5 Février 2016

Screen Shot 02-04-16 at 05.22 PM

 

UN ESPOIR ?

       Apprendre à se connaitre ……

sur :    Titre Revue

  En regardant mon courriel (quel affreux mot !) j’ai ouvert “Don Bosco aujourd’hui” et immédiatement une photo a accroché mon regard. Une photo titrée “Un Imam, un Rabin, une Pasteur au Lycée Don Bosco de Wittenheim” ! [Présenté par le Staff Educatif du Lycée, le 28 Janvier 2016]
Il est rare que je m’astreigne à lire sur l’écran pour cause de fatigue visuelle, mais là le titre était suffisamment incitatif pour en prendre le risque.
Et je ne l’ai pas regretté !
A la fin de ma lecture, sachant que bon nombre d’entre nous ne reçoivent pas cette revue, j’ai pensé que notre Site pouvait se faire le support de découverte d’un article qui présente le souci qui est au cœur de tous les “Hommes de Bonne Volonté” de notre époque, la découverte nécessaire de nos voisins en “spiritualité”.
Je n’en ajoute pas plus. Vous pourrez découvrir par vous-même le chantier de réflexion que cet article nous propose, réflexion qui, si nous la faisons profonde et véritable, si nous savons la propager autour de nous pour briser l’incompréhension entre les humains, si nous savons vivre dans la connaissance de l’Autre et dans le respect qu’elle impose, pourra alors allumer la petite flamme d’un Grand Espoir pour l’Humanité.

  Je précise cependant que je n’écris pas au titre de Webmaster du Site, en présentant cet article, mais en mon nom personnel.   Claude FABRE

Une animation pastorale bien particulière s’est déroulée en cette fin d’année 2015 au lycée Don Bosco de Wittenheim. Yonathan Lévi, Catherine Lévi et Mahmoud Doua, respectivement Rabbin, Pasteure et Imam ont apporté un réel témoignage de paix. Les échanges, francs et constructifs, ont enrichi les connaissances des élèves et des adultes et donné le goût de comprendre les différences.

Des échanges francs et constructifs avec les élèves

Le premier jour, les intervenants étaient là pour répondre aux questions des élèves. L’actualité récente a notamment guidé les esprits alors que cette animation pastorale a été organisée depuis juillet dernier. Les échanges, francs et constructifs ont enrichi les connaissances des élèves sur les trois religions. Parmi les réactions, un élève a demandé enthousiaste : « on fera cela tous les jeudis ? »

Comment faire cohabiter ensemble les religions ?

La seconde journée était exclusivement réservée aux enseignants et aux salariés de l’établissement dans le cadre d’une journée pédagogique. La thématique suivie fut : « Comment les différentes religions peuvent-elles cohabiter ensemble au sein d’une laïcité bien comprise ? » Les réponses de nos trois ministres du culte étaient pertinentes et profondes. Chacun a été invité à faire en sorte que la foi, qui l’habite, se voit en lui, dans l’attitude, dans les paroles. La foi est avant tout une liberté, à commencer par la foi en nous-mêmes. Et si Dieu voulait l’homme libre et heureux ?

« A nous d’être créatifs et bons équilibristes ! »

Chaque adulte a la responsabilité de l’éducation des plus jeunes, afin de construire une société où les enfants ont confiance en eux et croient en l’avenir, avec une volonté de nourrir un mieux-être collectif. Une jeunesse heureuse échappe à la radicalisation car elle a le goût de « chercher à comprendre » pour une ouverture pacifique à l’autre.

En France nous avons à préserver la liberté de culte et de croyance. A nous d’être créatifs et bons équilibristes !

 

Imam_Rabin_Pasteur Un Imam, un Rabbin, une Pasteur au Lycée

Mahmoud Doua est lmam à Cenon, est docteur en Sciences Politiques et diplômé de l’Institut supérieur de journalisme de Rabat, il enseigne l’anthropologie du monde arabo-musulman à l’université Bordeaux III.
Yonathan Lévi est un rabbin qui s’apparente au courant libéral du judaïsme. Docteur en histoire et archéologie, après avoir été rabbin de communautés en France et en Israël, il oriente désormais son ministère sur le rapprochement entre juifs et chrétiens, ainsi que dans le domaine interreligieux, notamment avec l’islam. Ces deux premiers témoins sont également formateurs à l’Institut Supérieur de Formation de l’Enseignement Catholique de Bordeaux.
Catherine Lévi est pasteure de l’Eglise Protestante Unie de France à Libourne, Castillon-la-Bataille et Flaujagues. Elle a fait ses études de Théologie à Strasbourg. Vous l’avez deviné, Catherine et Yonathan sont mariés et constituent certainement le seul couple Rabbin-Pasteure au monde. Mahmoud est co-auteur avec Yonathan d’un ouvrage sur les relations hébraïques et musulmanes.

Sur « DON BOSCO, Aujourd’hui » – Edition Internet du 29.01.2016